Binge drinking : des effets mesurables sur l’intestin dès les premières heures

Fév 26, 2026 - 13:20
Binge drinking : des effets mesurables sur l’intestin dès les premières heures

Boire quelques verres après le travail peut sembler anodin. Néanmoins, une nouvelle étude menée sur des souris indique que dans les heures qui suivent une consommation excessive d'alcool (environ six verres standards en deux heures), même ponctuelle, la structure de l'intestin grêle commence à changer. 

Dans l'étude, publiée en novembre 2025, les chercheurs ont observé une réduction des villosités, structures en forme de doigts qui permettent une meilleure absorption des nutriments en augmentant la surface intestinale, ainsi qu'une augmentation du nombre de cellules inflammatoires. Même vingt-quatre heures plus tard, les marqueurs inflammatoires restaient considérablement élevés, indiquant que l'intestin ne s'était pas complètement rétabli. 

Les scientifiques associent depuis longtemps l'alcoolisme au syndrome de l'intestin poreux, qui rend la barrière intestinale plus perméable. Bien que les observations aient été faites sur des souris, des études préalables menées chez l'humain ont associé la consommation excessive d'alcool à une augmentation de la perméabilité et de l'inflammation systémique de l'intestin. Les chercheurs soulignent que les nouvelles données donnent un aperçu supplémentaire de la rapidité avec laquelle ces dommages commencent. 

Les résultats suggèrent également que l'intestin pourrait faire partie des premiers organes à réagir à l'alcool, potentiellement en provoquant des modifications inflammatoires bien avant que les dommages à long terme n'apparaissent. 

 

LA BARRIÈRE PROTECTIVE DE L'INTESTIN PEUT AGIR COMME LA PEAU

Diego Bohórquez, professeur de médecine et en neurobiologie à la Duke University, aux États-Unis, qui étudie la connexion entre l'intestin et le cerveau, compare l'intestin à un organe extérieur. « L'épithélium est la peau de l'intestin » explique-t-il. « Quand vous y mettez quelque chose de fort et corrosif comme l'alcool, vous exposez en fait l'intérieur de votre corps. »

Dans l'étude, les chercheurs ont observé cette perturbation à l'échelle microscopique. Les cellules épithéliales se situent sur des structures en forme de doigts à l'intérieur de l'intestin grêle nommées villosités qui permettent d'augmenter la surface intestinale. « Ce qu'ils observent à l'échelle globale, c'est la diminution de la longueur des villosités trois heures après la consommation excessive ponctuelle d'alcool » explique Laura Rupprecht, qui dirige le Gut-Brain Biology Lab à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC Chapel Hill). Étant donné que les villosités augmentent la surface de l'intestin, les raccourcir pourrait réduire la capacité de l'intestin à absorber les nutriments et fragiliser la barrière qui retient les bactéries et toxines. 

Les chercheurs ont examiné les souris trois heures puis vingt-quatre heures après une consommation excessive ponctuelle d'alcool. « Vingt-quatre heures après [cette] consommation, on observe toujours une réduction considérable des villosités mais elles semblent avoir retrouvé leur structure globale. Quelques-uns des marqueurs inflammatoires restent très élevés » ajoute Laura Rupprecht. 

En plus des changements structurels, les chercheurs notent un afflux de neutrophiles, des cellules immunitaires habituellement destinées à combattre les infections. Toutefois, quand elles sont activées sans agent pathogène à combattre, elles peuvent endommager les tissus environnants. 

« Ces bactéries peuvent ensuite quitter l'intestin et entraîner une inflammation dans d'autres parties du corps, en particulier dans le cerveau » explique-t-elle. C'est un processus qui a été constaté lors d'études antérieures sur la consommation excessive d'alcool. « On pense que cette inflammation dans le cerveau provenant de l'intestin perpétue cette consommation excessive d'alcool. »

L'inflammation elle-même n'est pas fondamentalement nocive. C'est la réaction naturelle du corps aux infections, blessures ou toxines. « Cela signifie que votre corps et votre système immunitaire sont activés » explique Shauna McQueen, diététicienne et fondatrice de Food School, une plateforme d'éducation culinaire destinée aux diététiciens et aux professionnels de la nutrition. « Cela pourrait faire partie d'une réaction totalement normale jusqu'à ce que nous arrivions au stade où l'inflammation est chronique et commence à avoir des conséquences sur la façon dont tout fonctionne. »

Ce problème survient quand cette réaction devient chronique. Avec le temps, une inflammation continue peut modifier le métabolisme, augmenter le stress oxydatif et contribuer à des maladies cardiovasculaires, neurodégénératives et à des cancers. « Votre corps donnera constamment la priorité à cette inflammation. La charge devient conséquente et d'autres choses finiront par en souffrir » indique-t-elle.

 

L'INTESTIN PEUT-IL S'EN REMETTRE ? 

Dans l'étude, les villosités semblaient partiellement revenues à la normale en vingt-quatre heures. Cela indique que l'intestin peut commencer à se rétablir même si l'inflammation reste élevée. 

Bien qu'il n'existe pas de moyen bien défini de parer instantanément à un épithélium endommagé, Shauna McQueen affirme que l'intestin s'adapte mieux qu'on ne pourrait le penser. « Ce qui est intéressant à propos de l'intestin, c'est que sa composition peut changer assez rapidement. En quelques jours après un changement de votre alimentation, son profil bactérien peut commencer à changer » explique-t-elle. 

Shauna McQueen indique que pour favoriser ce changement, il faut privilégier les aliments bruts riches en fibres qui agissent comme des prébiotiques, le carburant des bactéries intestinales bénéfiques, par exemple les fruits, les légumes, les céréales complètes et l'avoine. Les aliments fermentés, notamment le yaourt, le kéfir, le kimchi et le kombucha peuvent introduire des probiotiques, des microbes vivants qui peuvent aider à la diversification de l'écosystème intestinal. « Il existe aussi de grandes études sur le mouvement et la façon dont être actif peut avoir un impact sur votre intestin et votre profil bactérien. C'est une autre pièce du puzzle » précise Shauna McQueen. 

Finalement, le moyen le plus efficace de protéger votre intestin des dommages causés par l'alcool, c'est d'en limiter la consommation. Bien que s'abstenir de toute consommation soit la solution la plus bénéfique, les experts expliquent que la modération (deux verres par jour et dix verres par semaine selon les recommandations officielles) est une mesure pratique et importante pour ceux qui choisissent de consommer de l'alcool.