Archéologie : les Mayas savaient-ils déjà soigner leurs dents ?

Juillet 1, 2026 - 14:20
Archéologie : les Mayas savaient-ils déjà soigner leurs dents ?

Plusieurs siècles avant l'émergence de la novocaïne, des fraiseuses dentaires et de la radiographie, les Mayas utilisaient peut-être le jade pour l'obturation des cavités dentaires.

Depuis des décennies, les archéologues découvrent sur les sites mayas des dents ornées de jade et d'autres matériaux, que les Mayas incrustaient dans leurs dents après y avoir creusé un petit orifice. Jusqu'à présent, les chercheurs supposaient que la pratique servait un but purement esthétique. Cependant, une nouvelle analyse d'une molaire incrustée de jade apporte de solides preuves suggérant que les Mayas ne se contentaient pas d'apposer ces ornements dentaires par coquetterie ou tradition, mais peut-être également pour soulager des douleurs.

« La cavité est tellement parfaite », témoigne Elma Vega-Lizama, anthropologue dentaire au sein de l'Universidad autónoma de Yucatan (UADY) au Mexique et coauteure de la nouvelle étude. « C'est une très belle procédure, bien exécutée, propre. » Ce positionnement précis est l'un des arguments avancés par l'équipe dans le Journal of Archaeological Science: Reports pour soutenir que les Mayas maîtrisaient l'art de la dentisterie bien avant son émergence supposée.

 

JUSTE POUR L'ÉCLAT ?

La dent en question provient de l'une des plus vastes collections de dents mayas au monde, celle du Museo Popol Vuh de l'université Francisco Marroquín au Guatemala. La molaire a été offerte au premier auteur de l'étude, Estuardo Mata-Castillo, dentiste au sein de la même université, mais ses origines restent incertaines. D'après les auteurs, la dent aurait été mise au jour à proximité de Guatemala, probablement dans les ruines de Kaminaljuyu, une cité maya habitée entre 1500 avant notre ère et 900, dont la majeure partie s'étale de nos jours sous l'actuelle capitale du Guatemala.

Les auteurs n'ont pas souhaité effectuer d'analyse moléculaire pour dater la dent, car le prélèvement aurait pu l'endommager, mais ils estiment qu'elle daterait de la période Classique, entre 250 et 900, alors que Kaminaljuyu était à l'apogée de sa puissance régionale.

La plupart des dents contenant ce type de décorations proviennent de cet « âge d'or ». Dans tous les cas, il est difficile de dire pourquoi les Mayas modifiaient leur dentition, mais le fait que les inserts ornent généralement les dents de devant, plus visibles, a poussé les chercheurs à penser que ces modifications relevaient du rituel, de la mode ou peut-être d'un mélange des deux.

Le statut social a également pu jouer un rôle. Les scientifiques ont identifié des inserts dans les dents mayas de l'époque Classique provenant de riches comme de pauvres, mais l'ornement était tout de même plus fréquent chez les individus de haut rang, souligne Marco Ramírez-Salomón, orthodontiste au sein de l'UADY et coauteur de l'étude. Certains Mayas des plus hautes classes sociales possédaient jusqu'à huit inserts dans leur bouche, de formes et de couleurs variées. « Ils étaient clairement plus opulents », ajoute-t-il.

 

DES PREUVES QUI COLLENT

La plupart des inserts sont composés de jade, mais certains utilisent également la pyrite, une autre pierre communément appelée « l'or des fous ». Certaines dents se distinguent par l'absence totale de pierre, alors entièrement remplacée par un ciment noir habituellement utilisé pour maintenir les pierres. Les ingrédients de ce ciment suggèrent que des critères autres que l'esthétique et l'apparat entraient en jeu dans les pratiques dentaires mayas. Lors d'une précédente analyse, Ramírez-Salomón, Vega-Lizama et leurs collègues avaient détecté dans cette colle dentaire des traces de phosphate, de calcium, d'huile végétale notamment issue de fleurs, et parfois même de bitume.

Certaines de ces colles étaient meilleures que celles utilisées de nos jours pour les obturations dentaires, affirme Ramírez-Salomón. Il évoque notamment le fait que les obturations modernes se détachent parfois au cours de la vie des patients soignés pour des cavités, alors que ces inserts ont longuement résisté à l'épreuve du temps, traversant les siècles et même plus d'un millénaire après la mort de leur propriétaire.

Par ailleurs, les colles avaient probablement des propriétés antiseptiques, indique Ramírez-Salomón. Les chercheurs ont relevé moins de signes de caries secondaires autour de ces incrustations et, plus généralement, moins de signes de cavités sur les dents des personnes possédant des incrustations par rapport aux dents du Classique maya qui en étaient dépourvues.

 

POURQUOI UNE MOLAIRE ?

L'ensemble des dents mayas incrustées de pierres précieuses découvertes à ce jour sont des dents situées à l'avant de la mâchoire. Cette nouvelle incrustation est unique car il s'agit de la seule molaire modifiée connue des chercheurs, indique Ramírez-Salomón.

L'emplacement à l'arrière de la mâchoire est un autre argument suggérant que ces incrustations n'étaient pas réalisées uniquement à des fins esthétiques ou sociales, en raison notamment de l'absence de visibilité, reprend Roger Foreshaw, chercheur spécialisé dans l'étude de la dentisterie durant l'Égypte antique à l'université de Manchester, au Royaume-Uni, non impliqué dans la nouvelle étude. « Néanmoins, l'absence de visibilité n'exclut pas totalement la signification symbolique ou rituelle », précise-t-il. « Les objets qui ne sont pas immédiatement visibles par les autres peuvent tout de même porter un sens personnel, social ou religieux pour l'individu concerné. »

D'après Foreshaw, il est « plausible » que l'incrustation de la molaire ait été réalisée pour soulager la douleur ou d'autres motifs de santé, mais rien ne permet de l'affirmer à ce stade. Le caractère inhabituel de la découverte « soulève la possibilité que certaines interventions dentaires mayas aient pu dépasser l'ambition décorative qui fait leur renommée. »

 

LA PRÉCISION MAYA

Les experts de l'époque ont incrusté le jade dans la molaire d'un patient vivant, indique Vega-Lizama. Grâce à l'imagerie par tomographie, les chercheurs ont pu analyser l'intérieur de la dent ; et l'incrustation présentait des signes de calcification survenue après son installation. « Les auteurs nous montrent de manière convaincante que l'incrustation a été réalisée sur un sujet vivant, en s'appuyant sur la calcification pulpaire », reconnaît Foreshaw.

D'après le développement de la dent, Vega-Lizama et ses collègues estiment que l'individu aurait subi la procédure vers la fin de l'adolescence et qu'il aurait ensuite vécu cinq à dix ans.

L'analyse approfondie au microscope à balayage électronique révèle le degré de précision mis en œuvre par les dentistes mayas. La molaire présente des marques arrondies, signe de l'utilisation d'une sorte de fraiseuse primitive. Quant à la méthode employée par les Mayas pour effectuer ces opérations, Ramírez-Salomón reste dubitatif, car les archéologues n'ont jamais trouvé d'instruments de la sorte dans les fouilles, ce qui n'a rien de surprenant étant donné la finesse supposée de l'objet.

La justesse de nombreuses incrustations évoque également des compétences aiguisées de bijoutier. « Certaines de ces incrustations sont si précises qu'à leur insertion dans une dent, on peut entendre un clic », témoigne-t-il.

Au bout du compte, cette dent reste un spécimen unique à la provenance incertaine, comme ne manquent pas de le souligner les auteurs de l'étude et Foreshaw. « En tant que telle, elle soulève des questions intéressantes, mais ne permet pas à elle seule de tirer des conclusions générales sur les pratiques dentaires mayas », conclut Foreshaw.

Quoi qu'il en soit, grâce à cette découverte, il est désormais possible d'imaginer les Mayas se rendant chez un spécialiste afin de repousser la prochaine visite de la petite souris.