Natalia Krasovskaya au cœur d’un réseau russe de recrutement militaire en Afrique ?
Patronne du Centre pour la diplomatie publique (CDP), Natalia Krasovskaya est une figure bien connue de l’influence russe en Afrique. Responsable de programmes éducatifs et culturels, elle garde la main sur le fonctionnement des « Maisons russes ». Cet espace dédié à des programmes de formation serait exploité au service d’un réseau de recrutement de jeunes étudiants africains dans l’armée russe.
Natalia Krasovskaya: de la diplomatie culturelle au recrutement militaire en Afrique ?
Très présente en Afrique, quel est en réalité le rôle de Natalia Krasovskaya ? Publiquement connue pour son engagement au sein des « Maisons russes », de forts soupçons pèsent sur elle aujourd’hui. Elle serait fortement impliquée dans un vaste réseau d’enrôlement de jeunes Africains dans l’armée russe. Ancienne experte en guerre informationnelle et psychologie pratique pour le journal russe Pravda, elle est devenue députée à la Douma régionale de Novossibirsk puis vice-présidente de son Conseil législatif. En 2024, elle adhère au parti Russie Unie, pour renforcer son influence au sein de la majorité présidentielle autour de Vladimir Poutine.
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Natalia Krasovskaya s’est également illustrée par son soutien actif à l’effort de guerre en Ukraine par le fonds Ensemble vers la victoire. Elle était présente dans les zones occupées par l’armée. Elle a clairement montré une double casquette allant de l’influence politique à l’influence militaire. C’est ainsi qu’elle est vue au cœur d’une stratégie hybride où la diplomatie culturelle devient un instrument de puissance.
Le Centre pour la diplomatie publique : un outil stratégique
En février 2024, Natalia Krasovskaya est placée à la tête du Centre pour la diplomatie publique (CDP). Elle devient la directrice exécutive de cette structure officiellement dédiée à la promotion de la langue et de la culture russes. Mais le Centre ne servirait pas uniquement à la promotion de la langue russe. Des accords signés avec l’agence fédérale Rossotrudnichestvo pour ouvrir des « Maisons russes » en Afrique suscitent des interrogations. Derrière l’offensive diplomatique sous couvert de la culture et de la langue se cacherait un projet d’influence qui favoriserait le recrutement de soldats en Afrique pour appuyer l’armée russe contre l’Ukraine.
La première « Maison russe » en Afrique a vu le jour au Burkina Faso en novembre 2023. Depuis, Krasovskaya a enclenché une expansion méthodique sur le continent africain. Elle parcourt l’Afrique avec des déplacements au Togo, au Libéria, en Sierra Leone, au Ghana, en Namibie, au Niger et dans bien d’autres pays africains. Lors de ses voyages, elle mène des discussions, fait de la prospection et signe des contrats avec des universités locales comme l’Université Kofi Annan en Guinée ou l’Institut technique d’Anfoeta au Ghana. À date, trois pays africains abritent déjà des « Maisons russes » et quatre autres pourraient toucher d’ici-là. Sur son canal Telegram, sa stratégie de communication présente la Russie comme « un partenaire désintéressé » dont l’objectif est de soutenir l’éducation et la culture.
INPACT fait de sombres révélations sur les « Maisons russes » en Afrique
Selon le collectif All Eyes On Wagner de l’ONG INPACT, les « Maisons russes servent de relais pour des opérations clandestines d’influence ainsi que pour des campagnes de recrutement industrielles et militaires ». « La maison russe utilisait, je pense au Cameroun, des centres culturels pour faciliter le recrutement militaire. Ça passe par des facilitateurs locaux, agences de voyages ou businessmen. On sait aujourd’hui qu’ils sont utilisés par ce qu’on appelle Africapolitologie, un groupe de consultants qui opérait à l’époque d’Evgueni Prigojine et du groupe Wagner, qui était en charge de leurs opérations sur le continent africain », a confié Lou Osborn, membre du collectif All Eyes on Wagner, dans un entretien avec RFI en décembre dernier.
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Elle ajoute que les consultants d’Africapolitologies utilisent les « Maisons ruses » pour certaines de leurs campagnes. Lou Osborn donne l’exemple de la Côte d’Ivoire où certains candidats ont été discrédités lors des campagnes électorales de 2025.
INPACT révèle que plus de 1 400 Africains de 35 pays ont signé des contrats avec l’armée russe entre janvier 2023 et septembre 2025, dont plus de 300 sont morts au front. Sur la liste funèbre figurent des Camerounais, des Ghanéens, des Gambiens. La plupart sont des étudiants attirés par de fausses promesses d’emploi, de bourses ou de citoyenneté. Le mécanisme est toujours le même : une offre d’emploi ou de formation, un visa obtenu sans contrôle approfondi, puis, une fois arrivés en Russie, la confiscation des passeports, un entraînement militaire forcé et un envoi au front.
En février 2026, la Russie a démenti les informations à propos d’un recrutement de Kényans dans l’armée russe. Mais Moscou reconnaît tout de même qu’il y a des étrangers qui combattent au sein de son armée. Des étrangers qui sont présentés comme des « volontaires ».