Guerre en Iran : piégé comme Donald Trump et les États-Unis
En plein conflit russo-ukrainien, les États-Unis de Donald Trump ont ouvert un nouveau front en Iran. Par des frappes conjointes avec Israël, l’armée américaine a tué le Guide suprême Ali Khamenei. C’est le début d’une nouvelle guerre qui n’a sûrement pas encore révélé toutes ses vérités.
La guerre qu’il ne fallait pas déclencher contre l’Iran
La dernière guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël a révélé une vérité implacable : l’État hébreu n’est pas le seul géant militaire qu’il se croyait dans la région. Avec des armes d’une rare efficacité, l’Iran a perforé à plusieurs reprises le Dôme de fer qui donnait à Israël l’image d’un pays invincible face à ses voisins.
La situation devenait si critique que les États-Unis ont dû intervenir pour faire cesser la guerre, toujours en se tenant aux côtés d’Israël. Cet accrochage a permis aux Iraniens de tester leurs capacités militaires, ce qui a modifié le rapport de force dans la région.
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À partir de ce jour, Israël n’a plus jamais dormi sur ses deux oreilles, conscient du danger qui le guette désormais. L’Iran soutient les groupes armés au Liban et en Palestine, ce qui, d’une certaine manière, place Tel-Aviv dans une position délicate : cesser ses agressions répressives contre ses voisins ou détruire leurs bras armés.
C’est visiblement la deuxième option qui a été retenue. En prétextant une menace imminente contre Israël et les États-Unis, le régime de Benjamin Netanyahu a embarqué Donald Trump dans une guerre précipitée. L’Iran est alors accusé d’être à quelques mois de posséder la bombe nucléaire, un mensonge qui rappelle le fameux tube de « pipi de chat » brandi par l’ex-général américain Colin Powell au Conseil de sécurité de l’ONU pour justifier l’invasion de l’Irak par les États-Unis.
Pendant qu’ils prétendent vouloir négocier le renoncement de l’Iran à acquérir la bombe nucléaire, les États-Unis et Israël assassinaient froidement les dirigeants iraniens. Le bombardement de la résidence d’Ali Khamenei, alors qu’il sortait d’une réunion avec ses collaborateurs, a plongé le monde dans une nouvelle guerre.
La mauvaise décision des alliés États-Unis – Israël
Ce qu’il y a de grave, c’est lorsque Donald Trump, président des États-Unis, évalue assez mal la situation. L’Iran n’a pas tardé à répliquer à l’agression en envoyant sur Israël des milliers de missiles. « Une guerre, on sait quand elle commence mais personne ne peut dire quand elle finit », dit un dicton que Donald Trump pense pourtant contredire en annonçant cinq à six semaines de guerre.
Le dirigeant américain envahit les médias avec le sentiment d’avoir atteint ses objectifs. À ce moment-là, persuadé de sa force, il aligne injonction sur injonction aux dirigeants iraniens face à qui il se croit même généreux, au point d’offrir des portes de sortie controversées.
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Des contrevérités de la Maison-Blanche annoncent des appels massifs de dirigeants iraniens prêts à abandonner la lutte pour bénéficier de la protection des États-Unis. À ce moment-là, tout laisse penser que Donald Trump n’a pas encore pris la pleine mesure du conflit.
Le jeu des alliés
Les États-Unis ont négligé l’équation russe dans toutes les guerres dans lesquelles ils s’engageront au cours des trente prochaines années. Les USA et les pays occidentaux ont, pendant plusieurs années, travaillé à faire échouer les plans de la Russie en Ukraine. Ils ont, pour ce faire, armé Volodymyr Zelensky afin de tenir tête à la Russie dans un conflit qui ne concernait que ces deux voisins, même si l’OTAN y est en réalité pour beaucoup, vu de Russie.
En effet, Poutine n’appréciait guère le rapprochement Zelensky-Occidentaux. L’OTAN n’a pas le droit d’approcher les frontières russes selon les accords entre les deux blocs. Sauf qu’en flirtant avec l’Ukraine, c’est très exactement à cet engagement que manquait le monde occidental, et c’est ce qui a poussé Poutine à la guerre après, selon lui, des tentatives pour éviter d’en arriver là.
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Pour empêcher la défaite de leur poulain Zelensky, les États-Unis, la France, l’Allemagne et pratiquement l’ensemble des pays de l’Union européenne arment l’Ukraine contre la Russie. La guerre de Poutine, prévue pour durer quelques semaines après son début le 24 février 2022, se poursuit aujourd’hui encore.
Quand les États-Unis et Israël ouvrent leur front contre l’Iran, c’est à visage découvert que Poutine affirme avoir fait des propositions pour aider le Guide suprême de l’Iran à se protéger de ses adversaires. Même si l’offre n’a pas été acceptée, un partenariat existe entre les deux pays, et c’est justement celui-ci qui devrait faire perdre ses illusions à Donald Trump.
La Russie, aux côtés de l’Iran d’une façon ou d’une autre, va pousser de toutes ses forces pour que les États-Unis soient en difficulté, et cela ne souffre d’aucun doute. Même si l’armée américaine garde sa supériorité face à l’Iran, le plan de la Russie est de faire durer la guerre le plus longtemps possible, elle y gagne.
La Russie va faire de bonnes affaires
Avec son pétrole placé sous embargo en raison de la guerre en Ukraine, la Russie pourrait bien redonner des couleurs à son économie. Les États-Unis ont déjà décidé de lever partiellement certaines sanctions visant le pétrole russe afin de stabiliser les marchés énergétiques mondiaux. 
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Dans ce contexte géopolitique tendu, Vladimir Poutine pourrait tirer profit de la situation. En soutenant l’Iran dans ce conflit, le président russe pourrait transformer sans grande difficulté cet assouplissement partiel des sanctions en une levée plus large, voire totale, des restrictions qui pèsent sur les exportations énergétiques de son pays.
La flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient et à la crise du détroit d’Ormuz renforce en effet la position stratégique de Moscou sur le marché mondial de l’énergie. Elle offre à la Russie une opportunité de relancer son économie fragilisée par les sanctions occidentales.
Les représailles iraniennes contre les intérêts américains
Puisque l’Iran est décidé à se battre, évidemment parce que la mort du vieux Guide suprême Ali Khamenei ne change rien aux capacités de résistance de ce pays, Israël et les États-Unis accentuent les frappes. Ils s’en prennent aux intérêts vitaux de l’Iran en bombardant ses usines d’armement, ses réserves de pétrole et tous les endroits stratégiques.
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L’Iran a commencé à faire de même en détruisant d’abord les radars disséminés par les USA dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Première tape sur la tête de Donald Trump, qui n’y avait pas pensé. Pour les Américains, l’Iran ne penserait pas à bombarder ses coûteuses installations dans les pays du Golfe avec lesquels l’Iran n’était pas en belligérance.
C’était mal connaître les soldats de la Révolution, qui n’épargnent personne. L’Arabie saoudite et le Qatar se sont vus bombardés par l’Iran, qui a ciblé avec une rare efficacité les radars américains sur place.
Le trafic aéroportuaire sera fortement perturbé, et ce n’est pas tout. Au fur et à mesure que le duo Israël-États-Unis endommage ses infrastructures, l’Iran rehausse le curseur en éventrant davantage d’infrastructures militaires américaines dans les pays voisins, en même temps qu’il fait de Tel-Aviv un tapis de bombes que la censure n’arrive plus à cacher.
Subite volonté de paix des Américains
En Iran, Donald Trump, qui avait le Venezuela et Nicolas Maduro, qu’il a kidnappé, en tête, est peu à peu en train de reconnaître s’être un peu trop vite lancé dans une guerre qui va le dépasser.
Les Gardiens de la Révolution ont déjà annoncé avoir frappé avec quatre missiles balistiques le porte-avions américain USS Abraham Lincoln qui battait pavillon dans les eaux proches de l’Iran.
Les États-Unis réfutent cette information. Une réalité reste difficile à cacher : lorsqu’un missile à 50 000 dollars est lancé par l’Iran, les deux alliés ont parfois besoin de lancer entre deux et quatre intercepteurs, estimés à un million de dollars chacun, pour l’arrêter. Plus longtemps durera la guerre, plus faibles seront les armées israélienne et américaine.
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Sur le terrain, ce bâtiment flottant, qui devait approcher les eaux iraniennes, s’en est plutôt éloigné, selon certains experts. Trump a en tout cas annoncé l’envoi d’un second porte-avions. Cette décision interroge sur l’utilité de l’option, quand l’USS Abraham Lincoln, déjà présent dans la région, ne change pas le rapport de force.
A-t-il effectivement été frappé ou son équipe a-t-elle du mal à faire la différence sur le terrain ? Toujours est-il que la guerre se poursuit et que, du côté iranien, elle n’en est qu’à son début. L’Iran a annoncé la frappe d’un avion ravitailleur américain qui aurait fait six morts au-dessus de l’Irak.
Le crash du ravitailleur américain KC-135 en Irak a bien fait six morts, mais l’armée américaine affirme qu’il s’agit d’un accident ou d’une collision aérienne et non d’un tir ennemi, tandis que des groupes pro-iraniens affirment l’avoir abattu.
Trump avoue dans le même temps avoir invité les Iraniens à de nouvelles négociations, mais que ces derniers s’y refusent. Rien de surprenant si la confiance est rompue après le coup tordu qui leur a été fait.
Les moyens de pression de l’Iran sur Trump
L’Iran a déjà activé quelques leviers pour faire regretter la guerre aux États-Unis. La fermeture du détroit d’Ormuz en est le principal. Ce sont 20 millions de barils de pétrole qui transitaient chaque jour par ce détroit et qui n’arriveront plus à bon port.
La pression de la montée du prix des carburants devrait faire perdre à Trump d’énormes soutiens dans le monde, mais aussi sur le plan intérieur. Avec les élections en approche dans son pays, le dirigeant américain sait qu’il paiera cash la note par un revers cinglant aux élections de mi-mandat.
Et l’Iran a encore plusieurs leviers à son actif pour faire plier les États-Unis. En s’attaquant à l’existence de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de leurs voisins par une possible destruction des usines de dessalement de l’eau, source de vie de ces pays, l’Iran mettrait à genoux l’économie américaine soutenue par ces États du Golfe.
L’opinion américaine et les grands médias du pays, comme CNN, ont commencé à prendre leurs distances avec Trump, qui n’a pas écouté les généraux de l’armée qui lui déconseillaient cette guerre.
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Avec la décision de l’Iran de s’attaquer aux grandes entreprises américaines dans tout le Moyen-Orient, Washington n’est pas au bout de ses surprises au regard des effets nocifs que va entraîner cette décision.
Trump pourrait lâcher Israël en plein vol
Il ne serait pas surprenant que Donald Trump fasse volte-face en abandonnant sa guerre à Israël. Le dirigeant américain, qui sera cerné de toutes parts dans les semaines et les mois à venir, aura du mal à tenir. Même un deal visant à aider la Russie à disposer de l’Ukraine pour desserrer l’étau en Iran ne le sauvera pas.
La Chine est, elle aussi, impliquée dans l’affaire puisqu’elle tire également les ficelles en armant les Iraniens. Avec la pression des pays amis des États-Unis dans la région pour que cesse la guerre, afin que reprennent les affaires, Donald Trump se retrouvera à court d’options. Il pourrait alors prétexter l’atteinte d’objectifs non vérifiables pour sortir du conflit.