Cancer du col de l’utérus : une étude confirme l’efficacité exceptionnelle du vaccin HPV
Il s'agit du quatrième cancer le plus courant chez la femme dans le monde. Une nouvelle étude tend à démontrer que le cancer du col de l'utérus a enfin trouvé un adversaire à sa taille. Le vaccin contre les papillomavirus humains (HPV), Gardasil 9, a fait l'objet d'une étude au Royaume-Uni qui vient d'être publiée et qui démontre une baisse rare et remarquable des décès liés au cancer du col de l'utérus. Pour les médecins qui luttent contre ce cancer, dont le taux de mortalité à cinq ans est d'envion 37 % en France et présente d'importantes disparités selon les antécédents médicaux, l'âge des patientes, ou encore la région du monde, cette nouvelle est une confirmation encourageante des progrès réalisés par la communauté médicale. Le vaccin utilisé dans cette étude est le même que celui administré en France.
L'étude a été publiée dans la revue The Lancet le 17 juin et le chercheur principal, Peter Sasieni, professeur d'épidémiologie du cancer à Queen Mary University of London et directeur du Cancer Research U.K. Cancer Prevention Trials Unit (unité d'essais cliniques sur la prévention du cancer au Royaume-Uni) au sein de cette même université, a qualifié ces résultats de « quelque peu surprenants ». En effet, l'étude a montré que dans le groupe de femmes âgées de vingt à vingt-quatre ans, dont 90 % avaient été vaccinées contre l'HPV, aucun décès dû au cancer du col de l'utérus n'a été observé.
UNE RÉDUCTION DE 100 % DU TAUX DE MORTALITÉ LIÉ AU CANCER DU COL DE L'UTÉRUS
L'étude portait sur des données recueillies entre 2001 et 2024 auprès de femmes issues de trois tranches d'âge : vingt à vingt-quatre ans, vingt-cinq à vingt-neuf ans, et trente à trente-quatre ans. La plupart des femmes de la tranche d'âge la plus jeune avaient été vaccinées à l'âge de douze ou treize ans ; c'était le premier groupe à bénéficier d'un accès aussi large et généralisé au vaccin. Les tranches d'âge plus âgées ont bénéficié d'accès différents : certaines femmes se sont vu proposer le vaccin jusqu'à l'âge de dix-huit ans et ont choisi de se faire vacciner.
Dans la tranche d'âge de vingt-cinq à vingt-neuf ans, on a également observé une baisse de 100 % du nombre de décès, qui est passé à zéro. En revanche, pour les femmes de la tranche d'âge de trente à trente-quatre ans n'ayant bénéficié que d'un accès plus restreint au vaccin ou de connaissances plus limitées sur le sujet, la baisse a été de 63 %.
« La différence est énorme », affirme Peter Sasieni. « Nous avons réduit la mortalité liée au cancer du col de l'utérus d'au moins 80 % ».
Bien sûr, comme il s'agissait d'une étude d'observation, il souligne qu'en pratique, « zéro » ne signifie pas qu'il n'y a aucun risque de décès. « Je ne serais pas surpris s'il y avait un ou deux décès dans cette tranche d'âge lorsque les données de 2025 seront disponibles », indique-t-il. « Les acteurs de la santé publique s'étaient fixé pour objectif de réduire considérablement les cancers du col de l'utérus et les décès qui y sont liés, et c'est exactement ce qu'ils sont parvenus à faire ».
« Cette efficacité remarquable s'explique probablement par le fait que le vaccin génère une réponse immunitaire très forte et durable, qu'il est administré avant l'exposition au virus et également que le vaccin nonavalent couvre les types de virus responsables de plus de 90 % des cancers du col de l'utérus », ajoute Andrea Tufano-Sugarman, oncologue gynécologique au Memorial Sloan Kettering Cancer Center (MSK) à Commack, dans l'État de New York.
Outre cette étude, une analyse publiée en mai 2026 par le Centre de recherche et de politiques sur les maladies infectieuses (CIDRAP) de l'université du Minnesota a révélé que les vaccins contre les HPV sont efficaces et sûrs pour les patients. En effet, ils préviennent les lésions précancéreuses et les cancers du col de l'utérus et pourraient également protéger contre d'autres cancers liés aux papillomavirus humains. Cette analyse réalisée au niveau mondial, qui portait sur 121 études, suggère que rien qu'une dose de vaccin peut protéger contre l'infection par les HPV.
Une étude publiée en mai 2024 dans la revue British Medical Journal a montré que près de 30 000 femmes en Angleterre âgées de vingt à soixante-quatre ans avaient reçu un diagnostic de cancer du col de l'utérus entre janvier 2006 et juin 2020. Par ailleurs, plus de 335 000 femmes ont reçu un diagnostic de CIN3, des lésions cervicales précancéreuses qui peuvent évoluer vers un cancer du col de l'utérus. Grâce à l'introduction du vaccin contre les HPV, l'étude a montré que les jeunes filles vaccinées entre douze et treize ans présentaient une réduction de 83,9 % des diagnostics de cancer du col de l'utérus par rapport aux femmes non vaccinées. De même, ces jeunes filles présentaient une réduction de 94,3 % des diagnostics de CIN3.
L'HISTOIRE DU VACCIN CONTRE LES HPV
Le vaccin Gardasil est autorisé par la Commission européenne et commercialisé en France depuis novembre 2006. La Haute Autorité de Santé recommande que les filles et les garçons se fassent vacciner entre onze et quatorze ans, ainsi que l'élargissement du rattrapage de la vaccination aux jeunes hommes et femmes qui n'auraient pas été vaccinés entre onze et quatorze ans jusqu'à l'âge de vingt-six ans révolus.
Robert Frenck, pédiatre au Centre médical de l'hôpital pour enfants de Cincinnati et directeur du Vaccine Research Center (VRC) de cet établissement, présente ce vaccin à ses patients comme « un vaccin visant à prévenir le cancer ». Le St. Jude Children’s Research Hospital précise pour sa part qu'il protège de l'infection par neuf types de HPV à l'origine de cancers.
« Le cancer du col de l'utérus peut mettre des années à se développer après une infection par un HPV », ajoute Robert Frenck. De plus, deux tiers des cancers de la tête et du cou sont dus aux HPV et le vaccin peut également aider à les prévenir, y compris le cancer de la gorge lié aux rapports sexuels oraux, ainsi que d'autres cancers touchant les zones exposées aux IST (infections sexuellement transmissibles), telles que le vagin, l'anus, le pénis et la vulve.
Enfin, et c'est l'argument le plus convaincant pour les jeunes garçons et les hommes qui envisagent de se faire vacciner, il aide à prévenir les verrues génitales.
ACCÈS ET DÉSINFORMATION
Depuis la mise au point du vaccin, des médecins comme Robert Frenck recommandent aux patients de se faire vacciner en raison de ses taux de réussite élevés. Selon l'Organisation mondiale de la santé, la couverture vaccinale en dose unique au niveau mondial s'élevait à 27 % en 2023. Robert Frenck explique qu'aux États-Unis, les patients doivent lutter contre des idées reçues selon lesquelles le vaccin entraînerait une infertilité ou rendrait les enfants sexuellement actifs, deux allégations sans fondement.
Si aux États-Unis la population lutte contre la désinformation, à l'échelle mondiale, le problème réside davantage dans la difficulté d'accès au vaccin que dans son acceptation.
« Il y a aussi des conséquences pour les zones défavorisées, tant à l'échelle mondiale que nationale », indique Andrea Tufano-Sugarman.
CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR SUR LE VACCIN SELON LES EXPERTS
Robert Frenck explique que cette nouvelle étude pourrait aider à informer les patients de tous les effets positifs que le vaccin contre les HPV pourra avoir à l'avenir. Stephanie Alimena, oncologue gynécologique au Dana Farber Cancer Institute et au Brigham and Women's Hospital à Boston, explique que cela signifie que « tout le monde, et je dis bien tout le monde, devrait se faire vacciner... Plus il y a de personnes vaccinées, plus l'immunité collective est forte et plus les taux de cancers liés aux HPV sont faibles ». Elle ajoute que cette nouvelle est « vraiment enthousiasmante » car cela fait environ vingt ans que les médecins attendent ces résultats escomptés.
« Pour les personnes actuellement éligibles au vaccin, cette information transforme une recommandation théorique en une recommandation qui sauve des vies », affirme Leeya Pinder, oncologue gynécologique au UC Cancer Center à Cincinnati, dans l'Ohio. « Si [une jeune fille] se fait vacciner à douze ou treize ans, son risque de mourir d'un cancer du col de l'utérus avant trente ans est pratiquement nul ».
Toutefois, cette nouvelle recherche ne modifie pas les options thérapeutiques actuelles pour les personnes déjà atteintes d'un cancer du col de l'utérus ou de lésions cervicales précancéreuses. « Même si nous devons activement nous concentrer sur l'élargissement de l'accès au dépistage, la prévention secondaire et les soins oncologiques de haute qualité, nous ne pouvons pas abandonner ni perdre de vue la promotion d'innovations pour les femmes qui sont actuellement atteintes de cette maladie », affirme Leeya Pinder.
Bien qu'il reste encore beaucoup à faire, cette semaine, les acteurs de la lutte contre le cancer et de la santé mondiale considèrent cette étude sur l'objectif « zéro décès » comme une victoire. Selon Leeya Pinder, « le chiffre le plus important est zéro ».