Endométriose : le sang menstruel, une clé pour un diagnostic plus rapide
Pendant leurs règles, les femmes perdent du sang sans vraiment y prêter attention. Et si ce sang menstruel avait autant de valeur que les échantillons urinaires, cervicaux et sanguins pour évaluer la santé utérine ?
« L'utérus est en quelque sorte l'une des dernières frontières à explorer de manière vraiment approfondie », indique Christine Metz, professeure d'obstétrique, de gynécologie et de médecine moléculaire au Feinstein Institutes for Medical Research à Northwell Health, dans l'État de New York.
Christine Metz et d'autres chercheurs étudient actuellement le potentiel du sang menstruel. Ce fluide, qualifié d'« effluent » en termes médicaux et composé d'un mélange de sang, de tissus utérins, de cellules immunitaires, de mucus, de protéines et de molécules de signalisation, reflète ce qui se passe à l'intérieur de l'utérus pendant le cycle menstruel et recèle une multitude d'informations biologiques, explique Dipanjan Pan, professeur de nanomédecine à l'université d'État de Pennsylvanie (Penn State).
La recherche dans ce domaine a considérablement avancé au cours de la dernière décennie. Une étude publiée en 2024 dans The Annals of Medicine & Surgery indique que le sang peut constituer une source précieuse d'informations sur la santé et qu'il a le potentiel de « révolutionner les soins médicaux » pour les femmes menstruées. Si le sang menstruel peut renseigner sur des paramètres tels que la glycémie et les carences en vitamines, ainsi qu'aider à suivre la santé immunitaire et inflammatoire et à dépister d'autres maladies gynécologiques et infections sexuellement transmissibles comme le HPV (papillomavirus humain), les travaux les plus prometteurs concerneraient le diagnostic de l'endométriose.
COMMENT LE SANG MENSTRUEL POURRAIT-IL AIDER À DIAGNOSTIQUER L'ENDOMÉTRIOSE ?
Christine Metz étudie le sang menstruel dans le cadre de l'étude Research OutSmarts Endometriosis (ROSE), qu'elle a cofondée en 2013 afin de mieux comprendre l'endométriose et de contribuer à la mise au point d'un outil de diagnostic non invasif. L'endométriose, qui touche environ 10 % des femmes en âge de procréer dans le monde, soit 190 millions de personnes, est généralement diagnostiquée par une biopsie de l'endomètre réalisée sous anesthésie générale. Cette méthode présente une précision d'environ 70 % et nécessite parfois deux ou trois interventions chirurgicales avant qu'un diagnostic ne puisse être posé. Cependant, selon Christine Metz, le sang menstruel pourrait servir de « biopsie naturelle » à condition, bien sûr, que des recherches supplémentaires soient menées.
Les recherches menées par Christine Metz et son équipe, publiées dans la revue BMC Medicine en 2022, mettent en évidence des différences nettes entre le sang menstruel des femmes atteintes d'endométriose et celui des femmes qui ne le sont pas, grâce à une analyse du séquençage de l'ARN unicellulaire du tissu endométrial. « Si l'on associe ces résultats aux informations cliniques concernant les symptômes de la patiente, on pense disposer d'un excellent outil pour diagnostiquer l'endométriose », affirme-t-elle.
Il est également plus facile d'obtenir un échantillon témoin auprès d'une personne en bonne santé à partir de sang menstruel plutôt que par le biais d'une intervention chirurgicale. De cette façon, « on peut vraiment mener des recherches sur la population car les personnes peuvent prélever [l'échantillon] chez elles », explique-t-elle.
De plus, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il faut parfois attendre entre quatre et douze ans avant de recevoir un diagnostic. Cela s'explique par l'absence de protocole pour la chirurgie diagnostique de l'endométriose. Les chirurgiens « ne sont pas tenus de réaliser des clichés pour prouver qu'il n'y avait rien et qu'ils ont examiné le moindre recoin », explique Christine Metz, ils peuvent donc souvent passer à côté de lésions microscopiques.
Parmi les autres explications possibles de ces délais, figurent le fait que les lésions chez les adolescentes et les jeunes adultes sont parfois trop précoces pour être détectées et diagnostiquées par cette méthode, la réticence des patientes à recourir à une intervention chirurgicale invasive afin d'obtenir un diagnostic définitif, ainsi que la tendance à minimiser la douleur des femmes.
Les participantes à l'étude ROSE pourraient obtenir un diagnostic dès la première année d'apparition de leurs symptômes, affirme Christine Metz.
Elle imagine un avenir dans lequel les patientes recevraient un kit dans leur boîte aux lettres leur permettant d'envoyer des échantillons prélevés chez elles. À partir de là, l'équipe pourrait commencer à étudier de meilleures options thérapeutiques. « Aucun essai clinique n'a jamais été mené chez les femmes pour déterminer si les traitements hormonaux arrêtent réellement la progression de [l'endométriose] car nous n'avons jamais disposé d'une plateforme permettant un diagnostic précoce », explique-t-elle.
COMMENT LE SANG MENSTRUEL POURRAIT-IL AIDER À DIAGNOSTIQUER D'AUTRES AFFECTIONS ?
Selon Christine Metz, le sang menstruel pourrait être utilisé pour diagnostiquer d'autres affections telles que l'adénomyose, qui est l'équivalent de l'endométriose de l'utérus lui-même, l'endométrite chronique ou l'inflammation de la muqueuse endométriale, les fibromes utérins, ainsi que d'autres formes d'infertilité.
Dans les cas de l'adénomyose et de l'endométrite, le sang menstruel pourrait contenir des cellules de la muqueuse utérine qui présentent des caractéristiques pathologiques différentes de celles du sang veineux et qui pourraient être identifiées en utilisant le séquençage de l'ARN unicellulaire, entre autres méthodes.
Les méthodes actuelles de diagnostic de l'endométrite, principalement la biopsie, sont « pleines de problèmes », explique Christine Metz, notamment parce que la petite partie de l'utérus sur laquelle la biopsie est réalisée en général peut ne pas être infectée. « Nous disposons actuellement de données préliminaires chez des patientes atteintes d'endométrite chronique qui confirment que nous pourrions identifier certains de ces marqueurs uniques dans les tissus que nous prélevons [dans le sang menstruel] ».
De plus, le sang menstruel pourrait nous aider à mesurer la santé immunitaire et inflammatoire. « Contrairement au sang qui circule, les sécrétions menstruelles contiennent non seulement du sang mais aussi des tissus endométriaux, des cellules immunitaires et des médiateurs de l'inflammation locale », explique Dipanjan Pan. « À plusieurs égards, les sécrétions menstruelles offrent un aperçu localisé et très précis de l'activité immunitaire et inflammatoire, des éléments que le sang périphérique dilue ou ne permet souvent pas de détecter ».
Selon lui, l'intérêt réside dans la possibilité d'utiliser cette méthode comme un moyen non invasif d'évaluer la santé reproductive, voire la santé immunitaire systémique. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, les femmes pourront un jour savoir si leurs défenses immunitaires sont affaiblies et si elles sont peut-être plus exposées à une maladie ou à une infection, ou si elles en sont déjà atteintes, explique-t-il.
Selon une étude publiée en 2024 dans la revue Diagnostics, cela pourrait également expliquer pourquoi le sang menstruel pourrait contribuer à diagnostiquer des infections sexuellement transmissibles (IST) telles que l'HPV, qui peuvent à terme entraîner des lésions précancéreuses et un cancer du col de l'utérus. Une étude plus récente publiée dans la revue BMJ en 2026 a révélé que le prélèvement de sang menstruel à l'aide de minuscules serviettes hygiéniques constituait un outil de diagnostic comparable aux prélèvements d'échantillons cervicaux effectués par un médecin pour le dépistage du HPV.
On peut également utiliser ce fluide pour comprendre les expositions environnementales d'une patiente, notamment aux microplastiques, à la pollution de l'air et aux polluants éternels (PFAS). Dans une étude publiée en 2022 dans la revue Science of the Total Environment, Christine Metz et ses coauteurs ont découvert que le sang menstruel contenait des substances chimiques liées à la toxicité reproductive et aux perturbateurs endocriniens. Ce fluide étant éliminé chaque mois, il offre aux chercheurs un moyen unique d'étudier ces expositions.
LES DÉFIS PARTICULIERS AUXQUELS SONT CONFRONTÉS LES CHERCHEURS
Si les nouvelles recherches et les nouveaux produits sont prometteurs, cela ne va pas sans difficultés. D'une part, Bethany Samuelson Bannow, directrice du service d'hématologie de la Cleveland Clinic Foundation, indique qu'il est difficile d'étudier certains aspects du sang menstruel s'il est resté dans une coupe menstruelle et n'est donc plus « frais ». De plus, beaucoup de femmes ne se sentent pas à l'aise avec l'insertion d'un dispositif tel qu'une coupe menstruelle.
Selon Dipanjan Pan, il y a un autre obstacle : les fluides menstruels varient considérablement d'une femme à l'autre, voire d'un cycle à l'autre. « Les hormones, l'âge, les médicaments et les problèmes de santé sous-jacents peuvent tous influencer la composition de l'échantillon, rendant plus difficile l'identification de biomarqueurs constants ».
Des innovations telles que des protections hygiéniques « intelligentes » qui recueillent les échantillons et les analysent en temps réel pourraient contribuer à résoudre certains de ces problèmes. De plus, selon Bethany Samuelson Bannow, lorsque l'échantillon reste pendant des heures dans une coupe menstruelle, le processus de coagulation et de dégradation des caillots peut se poursuivre, entraînant une augmentation de la dégradation. Le fluide devient alors inutilisable à des fins de recherche.
Dipanjan Pan estime que, d'ici cinq à dix ans, des tests à réaliser chez soi ou en milieu de soins, utilisant le sang menstruel, pourraient être facilement accessibles pour dépister l'endométriose, ainsi que des IST telles que l'HPV. « Je pense que de nombreuses technologies destinées directement aux consommateurs vont voir le jour, permettant ainsi aux femmes de se faire dépister plus tôt, d'obtenir des informations plus rapidement et, finalement, de prendre des décisions plus éclairées concernant leur santé », indique-t-il.
Quant à Christine Metz, elle affirme que même si certaines des innovations testées ne sont pas encore tout à fait au point, de grands progrès sont effectués, notamment en ce qui concerne la prise de conscience que le sang menstruel n'est pas simplement un déchet. « Quand j'en parle aux gens, ils sont enthousiastes à l'idée que cela puisse être utile », indique Christine Metz. « Le sang menstruel est en réalité une véritable mine d'informations ».