Artemis II : l'équipage a immortalisé un "coucher de Terre" et une éclipse solaire
Le survol historique de la Lune dans le cadre de la mission Artemis II cette semaine a marqué une nouvelle étape et établi de nouveaux records en matière de voyage dans l'espace.
Après avoir voyagé plus loin qu'aucun être humain ne l'avait fait auparavant, battant ainsi d'environ 6 600 kilomètres le record établi en 1970 par Apollo 13, et après avoir observé des parties de la Lune qu'aucun être humain n'avait vues auparavant, l'équipage a immortalisé un « lever de Terre », recréant l'une des photographies les plus célèbres de tous les temps.
Mais cette fois, au lieu du lever de Terre, la photographie prise par l'équipage d'Artemis II est celle d'un coucher de Terre, capturant dans un même cadre la surface de la Lune et un croissant de Terre derrière elle.
En 1968, une année marquée par de profonds troubles géopolitiques, l'équipage d'Apollo 8 avait effectué un vol similaire autour de la Lune, dans le cadre d'un test du vaisseau spatial qui serait utilisé pour les futurs alunissages. De manière fortuite, William Anders, membre de l'équipage, a pris une photographie de la Terre et de la Lune dans un même cadre. La photographie, appelée « Lever de Terre » devint emblématique, inspirant le mouvement environnemental mondial dans les années qui ont précédé la création du Jour de la Terre en 1970.
L'équipage d'Artemis II a reproduit cette photographie depuis un point de vue plus éloigné que leurs prédécesseurs. Comme l'explique Swapna Krishna, contributrice pour National Geographic, cela s'explique par le fait qu'Artemis II a survolé la Lune à environ 6 440 kilomètres de la surface tandis qu'Apollo 8 la survolait à environ 96,5 kilomètres d'altitude.
Puis, peu après le coucher de Terre, l'équipage d'Artemis II a assisté à un spectacle extraordinaire : une éclipse solaire, observée depuis la face cachée de la Lune. Comme Artemis II avait été lancé pendant une nuit de pleine lune, une grande partie de la face cachée de la Lune était encore plongée dans l'obscurité lorsque les membres de l'équipage l'ont atteinte au sixième jour de leur mission. Leur photographie donne à voir la Lune masquant la lumière du Soleil, révélant la couronne solaire, la partie de l'atmosphère du Soleil située au-delà de la chromosphère. La NASA a même fourni à l'équipage des lunettes spéciales pour observer l'éclipse avant et après la phase de totalité.
Selon la NASA, jamais auparavant un être humain n'avait observé une éclipse solaire aussi proche de la Lune. « C'est toujours aussi irréel » a soufflé Victor Glover, pilote de la mission Artemis II, alors que la couronne solaire formait un halo autour de la Lune. « On est entrés dans un univers de science-fiction ».
Victor Glover a décrit de manière poétique la couleur de la Lune pendant l'éclipse comme « le gris qui se mélange et se fond dans la noirceur » impressionné par le fait de pouvoir encore distinguer les détails de la surface lunaire alors que le Soleil était complètement masqué, car celle-ci était encore en partie éclairée par la lumière de la Terre. « C'est vraiment étrange de pouvoir voir tant de choses sur la surface » affirme-t-il. « Les humains n'ont probablement pas évolué pour voir ce que nous voyons. C'est difficile à décrire. C'est incroyable. »
Cette nouvelle image rappelle également le moment où l'équipage d'Apollo 12 a observé la Terre masquant la lumière du Soleil.
Des moments d'hommage au passé ont ponctué toute la journée du survol de la Lune, le sixième jour de la mission. À son réveil, l'équipage a écouté un message de Jim Lovell, l'astronaute qui avait piloté Apollo 8 et commandé Apollo 13 et qui a enregistré ce message pour Artemis II avant sa mort en août 2025. « Bienvenue dans mon ancien quartier ! Lorsque Frank Borman, Bill Anders et moi-même avons orbité autour de la Lune à bord d'Apollo 8, nous avons offert à l'humanité son premier regard de près sur la Lune et une vue sur sa planète qui a inspiré et uni les populations du monde entier. Je suis fier de vous passer le flambeau. »
Et, lors d'un moment particulièrement émouvant peu après que l'équipage a atteint le point le plus éloigné jamais atteint dans l'espace, l'astronaute canadien Jeremy Hansen a fait une suggestion au reste de l'équipage. Il a proposé de nommer « Carroll » un cratère situé près de la frontière entre la face visible et la face cachée de la Lune, en hommage à l'épouse du commandant Reid Wiseman, morte d'un cancer en 2020. L'équipage, très ému, a tout de suite accepté cette nomination symbolique.