Aux États-Unis, les giboulées d'avril se transforment en tempêtes

Avr 18, 2026 - 07:20
Aux États-Unis, les giboulées d'avril se transforment en tempêtes

Après des mois de froid, le mois d'avril est synonyme de lumière dans l'hémisphère nord. La pluie favorise la germination des graines, permet l'éclosion des fleurs et reconstitue les réserves d'eau potable. Mais une quantité de pluie trop importante peut entraver les semis printaniers, provoquer des inondations majeures et endommager les infrastructures. 

Selon les chercheurs, à mesure que les températures de la Terre augmentent, les giboulées du mois d'avril se transforment et passent de simples bruines en orages plus violents. Selon le U.S. National Climate Assessment (l'évaluation nationale du climat, un rapport officiel sur le climat publié par le gouvernement des États-Unis), depuis les années 1950, les épisodes de pluie importants sont devenus plus fréquents et intenses dans une grande partie des États-Unis. 

Par conséquent, les populations font face à des pluies plus fréquentes et d’une ampleur sans précédent. Par exemple, en avril 2025, des pluies torrentielles, des crues soudaines, des tornades et de la grêle ont touché le Missouri, l'Arkansas, le Tennessee, le Kentucky et le Mississippi. En quelques jours on a enregistré des précipitations record équivalentes à trois mois de pluie. Cette série hors-norme d'événements météorologiques a coûté la vie à vingt-quatre personnes, dont quinze en raison des inondations. 

Une telle tempête est considérée comme rare dans la région mais les scientifiques indiquent qu'il y a beaucoup plus de risques qu'elle se produise aujourd'hui, environ 40 % de plus, qu'il y a plusieurs siècles en raison du changement climatique d'origine humaine. La situation ne devrait qu'empirer au cours des années à venir. 

« Il s'agit d'évéments importants que nous pouvons et que nous devons prévoir » indique Angeline Pendergrass, spécialiste en sciences atmosphériques à l'université Cornell. 

 

LES MÉCANISMES PHYSIQUES DERRIÈRE UNE ATMOSPHÈRE PLUS CHAUDE

Au printemps, en particulier au mois d'avril, on observe généralement davantage de pluie, d'inondations et de crues. À la sortie de l'hiver, les sols peuvent être saturés par les chutes de neige, ce qui peut entraîner un ruissellement des précipitations plus important, un peu comme une éponge gorgée qui ne peut plus absorber d'eau. Les giboulées du mois d'avril n'ont pas encore fait fleurir les fleurs du mois de mai et la plupart des plantes n'ont pas encore poussé, leurs racines ne puisent donc pas l'humidité dans le sol. 

« Au printemps, un peu de pluie peut faire beaucoup » affirme Jonathan Winter, climatologue au Dartmouth College.

Aujourd'hui, les tempêtes printanières sont amplifiées par le réchauffement de l'air et des océans. 

Le lien entre les températures plus chaudes et les précipitations est relativement simple, car une atmosphère plus chaude peut contenir davantage d'eau. Selon la formule de Clausius-Clapeyron, pour chaque augmentation de 1 °C de la température de l'air, l'atmosphère contient 7 % d'humidité en plus. 

Si aucun phénomène météorologique n'est causé par le changement climatique, le réchauffement crée un environnement plus riche en eau, propice au développement des tempêtes. 

« On peut le voir comme un seau plus grand » explique Jonathan Winter. Lorsqu'un orage ou un front froid intense arrive « pour presser l'atmosphère, c'est ce seau plus grand qu'il faut vider ».

La hausse des températures océaniques peut également accentuer l'évaporation, libérant plus de chaleur et d'humidité dans l'atmosphère. Au moment des précipitations record en avril 2025, les scientifiques ont constaté que l'eau du golfe du Mexique s'était réchauffée d'environ 1,2 °C en raison du changement climatique qui augmente la quantité d'humidité disponible pour les tempêtes. 

Toutefois, le changement climatique affecte également les flux d'énergie entrant et sortant de l'atmosphère, explique Angeline Pendergrass. À mesure que l'eau s'évapore, elle absorbe la chaleur de la surface et la transfère dans l'atmosphère. Lorsque la vapeur se condense pour former des nuages et de la pluie, elle libère cette énergie et la renvoie vers la surface. 

Les chercheurs ont découvert que ces modifications de flux accélèrent et intensifient le cycle de l'eau dans certaines régions des États-Unis et du reste du monde. 

 

DES ÉPISODES ENCORE PLUS INTENSES DANS CERTAINS ÉTATS

Selon l'évaluation nationale du climat, les épisodes pluvieux les plus extrêmes concernent la moitié est du pays, où les tempêtes peuvent puiser davantage d'humidité dans le golfe du Mexique, en particulier dans le Nord-Est et le Midwest. Selon le rapport, lors des tempêtes les plus violentes, le Nord-Est des États-Unis a enregistré environ 60 % de précipitations de plus qu'il y a soixante ans. Le Midwest a connu une augmentation d'environ 45 % de ses précipitations lors de ses averses les plus fortes. 

Tandis qu'en automne on a enregistré la plus forte augmentation des précipitations depuis 1950 (10 %), principalement due aux tempêtes tropicales, le printemps et l'été ont été marqués par la deuxième augmentation la plus forte (3,5 %). Selon les recherches, la majeure partie de l'augmentation des précipitations au printemps se concentre sur le centre des États-Unis en raison de l'intensification et de la persistance de ses orages violents. La collision entre l'air chaud et humide provenant du golfe du Mexique, l'air sec des montagnes Rocheuses et l'air frais et sec du Canada provoque une forte instabilité atmosphérique et un fort cisaillement du vent qui alimentent les tempêtes pendant des heures dans le centre des États-Unis. 

Les études montrent que ces pluies extrêmes devraient s'intensifier, en particulier au printemps et dans le Midwest. Depuis 1970, les États-Unis ont connu un réchauffement d'environ 1,4 °C, se traduisant par des vagues de chaleur plus longues, des incendies plus fréquents dans l'Ouest du pays et une accélération de l'augmentation du niveau de la mer. Si le réchauffement se poursuit, certaines régions du Tennessee et de l'Alabama, par exemple, pourraient enregistrer une augmentation de 40 % lors de leurs tempêtes les plus humides.

 

PRÉVOIR LES PROCHAINS ÉPISODES DE PLUIE INTENSES 

Les tempêtes meurtrières qui ont touché le Midwest en avril 2025 étaient relativement rares, même dans un monde plus chaud. Selon l'analyse, elles ne devraient se produire, dans le climat actuel, qu'environ une fois tous les quatre-vingt-dix à deux-cent-quarante ans. Mais ces tempêtes et inondations exceptionnelles semblent se produire de plus en plus souvent. 

Pourtant, Angeline Pendergrass affirme qu'il est difficile pour les experts de prédire où un épisode pluvieux catastrophique ou une crue soudaine pourrait se produire au cours d'une année donnée. Le changement climatique peut amplifier des systèmes météorologiques mais les épisodes pluvieux sont soumis à de nombreux facteurs variables qui vont au-delà de la température, comme les phénomènes El Niño/La Niña, caractérisés par des températures à la surface de l'océan inhabituelles dans le Pacifique tropical. 

« Il est assez difficile de prédire ce qu'il va se passer... Il ne faut certainement pas s'attendre à ce que tout évolue de façon monotone avec une légère différence par rapport à l'année dernière » indique Angeline Pendergrass. « Il est peu probable qu'il y ait de grosses inondations, un peu plus importantes que l'année dernière, aux mêmes endroits. »

Il est néanmoins possible de prédire quels endroits seront les plus susceptibles d'être touchés par des inondations pendant un épisode pluvieux intense. Selon Jonathan Winter, les endroits les plus vulnérables sont ceux qui sont situés à basse altitude, qui ont déjà été inondés, qui se trouvent à proximité d'une plaine inondable ou qui ont déjà frôlé l'inondation. 

« Nous assistons effectivement à des épisodes de précipitations extrêmes d'une ampleur sans précédent » affirme Jonathan Winter. « Toutefois, en ce qui concerne les dégâts causés par les inondations, ils se produiront dans des endroits qui ont déjà été inondés. »

Dans le nord-est des États-Unis, Jonathan Winter travaille avec des organismes tels que les services d'urbanisme et de transports, pour mieux s'adapter à l'évolution des précipitations extrêmes. Certains redimensionnent les ponceaux qui canalisent l'eau, construisent des ponts plus hauts et plus résistants, voire procèdent à l'évacuation préventive des habitants des zones inondables. 

« Nous ne serons pas surpris de savoir qui sera le plus touché par les inondations » affirme Jonathan Winter.