Bénin : la crise du parti “Les Démocrates”, victimes d’eux mêmes

Avr 12, 2026 - 09:50
Bénin : la crise du parti “Les Démocrates”, victimes d’eux mêmes
Bénin Yayi Boni, parti “Les Démocrates”

À la veille du premier tour de la présidentielle ce dimanche 12 avril 2026, la presse internationale multiplie les titres alarmistes sur une opposition supposément exclue. Au Bénin, la lecture est toute différente pour ceux qui suivent de près la situation d’un parti traversant une crise interne depuis plusieurs années, suite à la gestion clanique de Boni Yayi et l’absence de vision stratégique.

Depuis plusieurs semaines, un narratif simpliste s’est emparé des rédactions étrangères : le Bénin aurait organisé l’exclusion de son opposition. La réalité de la vie politique béninoise raconte une tout autre histoire : celle d’un parti qui n’a pas su conquérir une envergure nationale, déchirée par les crises internes à répétition.

Sortir de l’instabilité des 250 partis

Faut-il rappeler qu’en 2016, le Bénin comptait plus de 250 partis pour 12 millions d’habitants ? Cette émiettement rendait toute gouvernance impossible, transformant chaque élection en foire aux enchères politiques. C’est pourquoi le gouvernement béninois avait proposé une réforme électorale en 2019 avec un système de duo candidat et de parrainage, avec des contraintes géographiques, pour garantir la présence de partis à dimension nationale comme dans beaucoup de démocraties dans le monde.

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Les réformes du parrainage (15 %) et du seuil de 20 % par circonscription sont des seuils de représentativité classiques. Dans toutes les démocraties, un certain niveau est exigé pour éviter les candidatures farfelues. Elles exigent des candidats qu’ils ne soient plus les ambassadeurs d’un seul clocher, mais les représentants de l’ensemble de la nation.

Les Démocrates : L’implosion programmée du clan Yayi

Si le parti Les Démocrates est absent dimanche, ce n’est pas à cause de la loi, mais à cause de ses propres démons. Comment expliquer que le principal parti d’opposition n’ait pas pu réunir 28 parrains sur 186 élus ? La réponse est dans la gestion « patrimoniale » impulsée par Thomas Boni Yayi.

En propulsant son fils, Chabi Yayi, au secrétariat des relations extérieures, en imposant son avocat personnel, Renaud Agbodjo, comme candidat, et en laissant le parti sous l’influence de sa famille, l’ancien président a provoqué un rejet massif de ses propres cadres. 

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Ce n’est pas le pouvoir qui a retiré ses parrainages à LD, ce sont ses propres députés, à l’image de Michel Sodjinou, lassés de voir le parti transformé en héritage familial au détriment de la démocratie interne.

Les élections législatives qui sonnent le glas

Les médias étrangers crient à l’exclusion, mais ils oublient de mentionner les résultats des législatives du 11 janvier dernier. Partout où le parti LD a pu concourir, il s’est effondré. Chuter à moins de 5 % dans plusieurs circonscriptions du Centre et du Sud n’est pas le signe d’un parti « opprimé », mais celui d’une formation incapable de convaincre au-delà de ses bastions historiques.

Le ralliement de figures comme Éric Houndété ou Guy Dossou Mitokpè au camp de la mouvance ces dernières semaines n’est pas une trahison, c’est le constat lucide que le projet LD, enfermé dans sa logique clanique et ses errements stratégiques, n’était plus une alternative crédible.

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Il est temps que les observateurs extérieurs cessent de plaquer des grilles de lecture préconçues sur la réalité béninoise. Les difficultés des Démocrates sont la sanction pour un parti qui a refusé de se structurer et de se démocratiser, préférant la posture de victime à celle de bâtisseur.