Côte d’Ivoire : 80 ans après, le PDCI-RDA entre gloire passée et incertitudes
Après 80 ans d’existence, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) annonce une célébration en grande pompe. Les festivités qui vont débuter le 9 avril 2026 marquent les huit décennies de ce grand parti fondé par Félix Houphouët-Boigny. Il ne s’agira pas seulement de réjouissances ; mais après 80 ans dans la vie d’un parti, il est nécessaire de faire un bilan, d’analyser les progrès et les échecs enregistrés. D’avril 1946 à avril 2026, que retenir du PDCI-RDA ?
Côte d’Ivoire : que retenir de l’existence du PDCI-RDA de 1946 à 2026
En Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA est reconnu comme le parti politique qui a porté le combat pour l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Fondé en 1946 par Félix Houphouët-Boigny, le parti a découvert sa mission républicaine dans les années 1950. L’objectif était clair : combattre l’oppresseur pour aller vers l’indépendance du peuple ivoirien. Confronté à la force du colonisateur, le PDCI-RDA n’a pas fléchi. Son combat a finalement porté ses fruits en 1960, où la Côte d’Ivoire a obtenu son indépendance.
Après 67 ans de colonisation française, Félix Houphouët-Boigny, leader charismatique du PDCI-RDA, a proclamé l’indépendance de la Côte d’Ivoire le 7 aout 1960, date où il a pris les rênes de la présidence et est devenu le premier président de la République de Côte d’Ivoire, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1993. À sa prise de fonction, Félix Houphouët-Boigny a placé son mandat sous le signe de la paix. Il est reconnu pour ses nombreuses actions en faveur de la paix et de la solidarité. On lui doit d’ailleurs la célèbre citation : « La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement. »
Lire aussi : Importantes personnalités africaines : Houphouët-Boigny, Sankara, Gbagbo, ce qu’ils laissent
Sur le plan du développement, le régime de Houphouët-Boigny a porté la Côte d’Ivoire vers une croissance soutenue avec une politique libérale. Sous sa gouvernance, le pays a amorcé une modernisation avec la construction d’importantes infrastructures.
La Chute dans les années 1980
Tout n’a pas été rose sous le régime de Félix Houphouët-Boigny. L’un des moments marquants de sa gouvernance a été la chute économique qu’a connue le pays dans les années 1980. Cette chute s’était matérialisée par une crise économique et un endettement.
Pour la première fois, le PDCI-RDA, qui a toujours été un parti au pouvoir, a été contraint de rejoindre l’opposition. C’est ainsi qu’il est devenu le plus grand parti politique de l’opposition. Le parti se réorganise en renforçant ses bases dans tout le pays sous la direction d’Henri Konan Bédié. L’objectif était de reconquérir le pouvoir d’État et de l’exercer. Même si le parti a parlé de lui dans le cadre des élections législatives et locales, il est resté loin du pouvoir présidentiel malgré toutes ses tentatives de remonter au sommet.
Lire aussi Côte d’Ivoire : hommage national à feu Henri Konan Bédié
Décès d’Henri Konan Bédié : la guerre de succession et l’option Tidjane Thiam
Au fil du temps, le PDCI-RDA a malheureusement perdu son influence au détriment du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Ce parti, devenu parti au pouvoir avec Alassane Ouattara depuis une quinzaine d’années, est constitué de plusieurs personnalités influentes qui étaient membres du PDCI.
À la mort d’Henri Konan Bédié le 1ᵉʳ aout 2023, le PDCI-RDA a été secoué par la guerre de succession. Le choix de Tidjane Thiam, qui semblait faire l’unanimité, a été finalement contesté par une partie des militants et cadres du parti. À l’issue du congrès électif tenu sur fond de crise, l’ancien patron de Crédit Suisse l’emporte avec une majorité écrasante. Mais la crise interne s’est amplifiée avec un feuilleton judiciaire provoqué principalement par Valérie Yapo, qui avait demandé à la justice de suspendre le mandat de Tidjane Thiam. Mais dame Yapo n’était pas seule, Jean-Louis Billon, cadre influent du parti, a également montré son mécontentement.
Le PDCI absent à la présidentielle d’octobre 2025, Tidjane Thiam exilé
Alors que le parti voyait une occasion en or de reprendre le pouvoir d’État, il a finalement suivi l’élection présidentielle depuis les bancs de touche. Son candidat, Tidjane Thiam, a été radié du fichier électoral et donc interdit de candidater pour la présidentielle. Sa radiation fait suite à une décision de justice qui estime qu’il portait une double nationalité au moment de son inscription sur la liste électorale.
Lire aussi : PDCI RDA : Tidjane Thiam, il faudra bien rentrer
Malgré les manifestations et les recours, la justice a maintenu sa position. Le miracle politique espéré ne s’est pas produit. Définitivement, Tidjane Thiam a été exclu. Le PDCI, solidaire avec son président, a décidé de ne pas opter pour un plan malgré les alertes de certains membres. Au finish, le parti a manqué l’élection présidentielle. Dans la foulée, le président du PDCI-RDA s’est exilé en France, craignant une arrestation dès son retour à Abidjan. Les nombreuses arrestations opérées par la police dans le rang des militants du parti ont conforté sa position.
Aujourd’hui, le PDCI essaie de se reconstruire avec ces quelques députés obtenus à l’issue des dernières législatives. Le président Tidjane Thiam a annoncé de profondes réformes pour remettre le parti sur les rails. Mais les divergences internes persistent.