Laurent Gbagbo : biographie complète de l’ancien président ivoirien
Cette biographie de Laurent Gbagbo, personnalité politique la plue connue de Côte d’Ivoire après Félix Houphouët-Boigny, vous en apprendra plus sur l’homme. Le professeur d’histoire, opposant de longue date au parti unique, puis président de la République de Côte d’Ivoire de 2000 à 2011, est inscrit par son parcours au cœur des bouleversements politiques traversés par le pays. Entre lutte démocratique, accession au pouvoir, crise postélectorale et procès devant la Cour pénale internationale, la trajectoire de Laurent Gbagbo est unique en Afrique de l’Ouest.
Laurent Gbagbo : la biographie qui retrace les débuts d’un opposant aux régimes ivoiriens
Laurent Gbagbo est né le 31 mai 1945 à Gagnoa, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Il est de famille modeste. Fils de policier, il s’oriente rapidement vers les études d’histoire. Étudiant à l’Université d’Abidjan, il a aussi fait de hautes études d’histoire en France, où il obtient un doctorat.
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Dans les années 1970 et 1980, alors que Félix Houphouët-Boigny règne en maître absolu sur la Côte d’Ivoire dans un système de parti unique, Laurent Gbagbo se fait connaître comme opposant politique. Il participe à la création du Front populaire ivoirien (FPI), un mouvement de gauche qui lutte pour le multipartisme et des réformes démocratiques.
Son engagement politique lui vaut plusieurs arrestations. Il connaît même la prison, puis l’exil en France dans les années 1980. Mais le vent du multipartisme souffle si fort sur l’Afrique qu’au début des années 1990, Houphouët-Boigny cède. La même année, Laurent Gbagbo se présente contre lui à l’élection présidentielle, mais est battu. Il vient de gagner une place unique, celle de l’opposant de Félix Houphouët-Boigny.
L’accession de Laurent Gbagbo au pouvoir en 2000
La mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993 rabat les cartes politiques en Côte d’Ivoire. Après plusieurs crises institutionnelles, un coup d’État militaire du général Robert Guéï, en 1999, évince l’ex-parti unique, le PDCI-RDA, du pouvoir. Henri Konan Bédié, ancien président de l’Assemblée nationale, successeur d’Houphouët, est en exil en France, d’où il se porte candidat. Comme un certain Alassane Ouattara, Bédié est recalé par la Cour suprême et Laurent Gbagbo se retrouve face au général Robert Guéï qu’il bat. Ce dernier refuse de reconnaître sa défaite, mais le peuple l’y contraint.
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Laurent Gbagbo arrive au pouvoir dans un contexte particulièrement tendu, dans des conditions « calamiteuses », selon ses propres affirmations.
Son arrivée au pouvoir suscite de grands espoirs au sein du peuple et la politique de réformation qu’il implémente renforce sa crédibilité. Mais rapidement, le pays se retrouve confronté à de profondes tensions politiques et identitaires. En 2002, une tentative de coup d’État dégénère en rébellion armée et entraîne la partition du pays entre le nord et le sud.
Plutôt que le programme vendu aux Ivoiriens, coincé, il se retrouve avec ses opposants dans des gouvernements d’union forcés. Son autorité est mise à mal, mais il tente tant bien que mal de conduire les rebelles au désarmement pour ensuite organiser des élections qui, en cas de nouvelle victoire, lui permettraient d’appliquer son programme.
Durant près d’une décennie, la Côte d’Ivoire vit au rythme d’accords de paix fragiles, de négociations politiques et d’interventions internationales successives. Cette longue période aboutira à la pire crise du pays.
La crise postélectorale de 2010 et l’arrestation de Laurent Gbagbo
L’élection présidentielle de 2010 devait marquer la fin de la crise ivoirienne. Elle oppose Laurent Gbagbo au candidat du Rassemblement des républicains (RDR), Alassane Ouattara. En effet, la rébellion armée qui avait divisé le pays en deux exigeait une éligibilité de tous les candidats, dont Alassane Ouattara.
Les résultats du scrutin provoquent cependant une grave crise politique. La Commission électorale indépendante, dominée à l’époque par les partis d’opposition, annonce la victoire d’Alassane Ouattara. Plusieurs cas de fraude massives en faveur de l’opposition sont dénoncés par les observateurs. Le Conseil constitutionnel, après vérification, annule de nombreux résultats en lieu et place de l’organisation de nouveaux scrutins dans les localités où des fraudes sont reconnues. La plus haute institution juridique du pays reconnaît Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection, ce que refusent ses opposants Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié de la coalition du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en gestation.
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Deux présidents revendiquent la tête de la Côte d’Ivoire. La situation dégénère complètement et un conflit armé s’amorce. Après plusieurs mois de violences, les forces pro-Ouattara, soutenues par l’ONU et l’armée française, prennent le contrôle de la ville d’Abidjan en avril 2011 et arrêtent Laurent Gbagbo.
Le 11 avril 2011 marquera une étape triste de la vie politique ivoirienne. Laurent Gbagbo est arrêté ce jour après plusieurs heures de bombardement de sa résidence. Quelques mois plus tard, il est transféré à La Haye, aux Pays-Bas, pour être jugé par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’accuse alors faussement de crimes contre l’humanité.
Procès à la CPI, acquittement et retour en Côte d’Ivoire
Le procès de Laurent Gbagbo devant la CPI débute en 2016 et sera le théâtre de grandes manifestations d’Ivoiriens et d’Africains contre cette cour. Pendant plusieurs années, les débats porteront sur sa responsabilité présumée dans les violences postélectorales.
En janvier 2019, la Cour pénale internationale prononce enfin son acquittement, estimant que les preuves présentées par l’accusation sont insuffisantes. Il n’a même pas plaidé avant que la cour ne décide de l’acquitter. Aucun témoin de la défense ne sera entendu et la décision est confirmée en appel en 2021.
Après près de dix ans d’absence de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo rentre finalement en juin 2021. Son retour à Abidjan suscite une forte mobilisation de ses partisans.
L’ancien président a tenté une nouvelle candidature en 2025 contre le président Alassane Ouattara, mais sera empêché par la Cour constitutionnelle pour une condamnation à 20 ans de prison dont il avait écopé de la juridiction ivoirienne lorsqu’il était encore à la CPI.
Entre-temps, il a créé un nouveau parti, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), suite à des divergences d’opinion avec son ancien lieutenant Pascal Affi N’Guessan, resté président du FPI, leur ancien parti.
Controverses :
Laurent Gbagbo est accusé d’avoir repris à son compte le concept de l’Ivoirité créé par Henri Konan-Bédié. Il serait xénophobe, selon ses détracteurs.
Le père du multipartisme en Côte d’Ivoire est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité lors des troubles de 2011. Son acquittement par la CPI efface cette accusation que continuent de soutenir certains de ses détracteurs.
Laurent Gbagbo a déçu des milliers de partisans à son retour en Côte d’Ivoire. Alors que son ex-épouse Simone Ehivet Gbagbo était venue l’accueillir à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny (FHB), il a refusé son geste de solidarité en lui demandant publiquement de rentrer chez elle… Peu après son retour en Côte d’Ivoire, il a demandé le divorce avec son épouse qui était aussi sa camarade de lutte pour le multipartisme.
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L’ancien opposant de FHB est accusé d’avoir braqué la BCEAO et a été condamné à 20 ans de prison. En réalité, l’institution sous-régionale refusait de fonctionner correctement lors de la crise de 2011. Encore président, il avait pris un décret pour forcer son fonctionnement afin de payer les salaires des fonctionnaires, y compris les rentes viagères des anciens présidents Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié qui avaient appelé à cette suspension des activités de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.