Ce que le jeûne intermittent fait vraiment au corps et au cerveau
Le jeûne est une pratique courante, que ce soit pour des raisons religieuses ou pour perdre du poids, pour prévenir les maladies chroniques ou même ralentir le vieillissement. Ceux qui jeûnent pour des raisons de santé pratiquent généralement le jeûne intermittent ; ils n’absorbent des calories que lors d’un moment désigné de la journée.
Selon certains scientifiques, la popularité croissante du jeûne est nourrie par des études qui suggèrent que, pratiquées correctement, certaines formes peuvent favoriser la bonne santé générale. « Le jeûne intermittent peut faire baisser la pression artérielle, améliorer la cognition, prévenir, et même faire reculer, les maladies chroniques, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et les cancers », explique Mark Mattson, neuroscientifique de la Faculté de médecine Johns-Hopkins qui étudie le jeûne intermittent depuis vingt-cinq ans et a co-écrit une grande partie des recherches sur le sujet.
Cependant, la science reste nuancée, et la pratique pourrait être moins percutante que ce que l’on affirme parfois. « Bien que certaines études aient suggéré que le jeûne pouvait réduire la résistance à l’insuline et l’inflammation, ces bienfaits sont parfois exagérés », prévient Duane Mellor, diététicien spécialisé des Hôpitaux universitaires du NHS Trust de Leicester, en Angleterre.
En parallèle, certains effets néfastes attribués au jeûne, comme l’affirmation qui voudrait que celui-ci perturbe les hormones, sont souvent tout autant exagérés. « Il y a beaucoup de désinformation à ce sujet qui émane d’influenceurs sur les réseaux sociaux, mais rien ne montre que le jeûne conduise à des perturbations hormonales chez la plupart des femmes », précise Krista Varady, professeure de nutrition à l’Université de l’Illinois, à Chicago, et co-autrice de recherches apparentées.
Voici ce que dit la science exactement et comment aborder le jeûne en toute sécurité.
LA PERTE DE POIDS EST LE BÉNÉFICE LE PLUS CONSTANT
Qu’importe le motif, « le principal bénéfice du jeûne est la perte de poids », rappelle Krista Varady.
En effet, dans le cadre d’un essai clinique évalué par des pairs réalisé par des chercheurs de l’Université de Sydney, « les participants pratiquant le jeûne intermittent ont perdu 8 % de leur poids de corps environ et approximativement 16 % de masse graisseuse en l’espace de six mois », révèle Luigi Fontana, co-auteur de l’étude et professeur de médecine et de nutrition dans la même université. Une revue systématique de vingt-sept essais a, de la même manière, mis en évidence une perte considérable de poids et conclu que « le jeûne intermittent montre des promesses pour le traitement de l’obésité. »
De plus en plus de preuves suggèrent que le jeûne pourrait être plus facile à tenir sur la durée que les approches traditionnelles de restrictions caloriques. Une étude de petite envergure publiée en 2025 est arrivée à la conclusion que les participants en surpoids qui pratiquaient le jeûne intermittent pendant deux mois avaient plus de chances de conserver cette habitude plusieurs années plus tard. « C’est important, car la plupart des personnes qui entament un régime limitant le nombre de calories sont souvent incapables de se tenir à ce régime faible en calories et [finissent par] regagner du poids », explique Mark Mattson.
Il existe toutefois quelques bémols. « On ne perd du poids de manière significative que si le jeûne intermittent est mis en œuvre correctement sans surcompensation sur les heures ou les jours de ‘festin’ », prévient Luigi Fontana. La prise de masse maigre suscite également des inquiétudes. « Quand on jeûne, le corps peut perdre de la masse maigre, comme les os et les muscles, avec le gras », ajoute-t-il. Cependant, on peut souvent compenser cela par un apport adéquat en protéines et en pratiquant la musculation pour préserver les muscles.
CHOLESTÉROL ET BIENFAITS POUR LA SANTÉ CARDIAQUE
Krista Varady relève que les avantages du jeûne pour ce qui est de la perte de poids peuvent aider à « réduire les indicateurs de risque de maladie métabolique, comme la tension artérielle et le taux de cholestérol ». Un petit essai de six mois sur le jeûne intermittent publié en 2025 montre « des améliorations concernant les triglycérides et le cholestérol LDL / non LDL », explique Luigi Fontana, également co-auteur de cette étude
Ces améliorations se produisent notamment parce que la perte de poids réduit la graisse viscérale (abdominale) et diminue la production par le foie de particules porteuses de graisses qui circulent dans le sang ; deux facteurs qui influencent positivement le profil lipidique.
Mark Mattson ajoute un autre mécanisme potentiellement à l’œuvre pour réduire la tension artérielle : « Le jeûne intermittent accroît l’activité du système nerveux parasympathique », affirme-t-il. Cette branche du système nerveux aide l’organisme à se détendre, à digérer les aliments et à conserver de l’énergie après des périodes de stress ou d’activité, et une activité parasympathique accrue peut faire baisser le rythme cardiaque, réduire la résistance vasculaire et contrer l’activation sympathique chronique de type « combat-fuite » associée à l’hypertension.
Mais là encore, il y a quelques bémols. « L’amélioration du cholestérol et de la tension artérielle ne se produisent généralement que si un individu perd plus de 5 % de son poids de corps et si sa tension artérielle et son taux de cholestérol étaient élevés avant d’entamer le régime », prévient Krista Varady.
GLYCÉMIE ET DIABÈTE : VRAI POTENTIEL ET VRAIS RISQUES
La recherche montre également que le jeûne peut influencer la régulation du glucose. Cela se produit notamment parce que le jeûne abaisse le taux d’insuline dans le sang, augmente la sensibilité à l’insuline et favorise une plus grande oxydation des graisses et une plus grande production cétonique, ce qui signifie que l’organisme commence à brûler les graisses stockées pour produire de l’énergie au lieu de se reposer principalement sur le glucose issu des glucides récemment consommés.
Selon Mark Mattson, le jeûne intermittent peut également améliorer la résistance cellulaire au stress, stimuler l’autophagie (un processus de « nettoyage » cellulaire naturel qui voit l’organisme décomposer et recycler les éléments endommagés ou inutiles) et améliorer la fonction mitochondriale. Ensemble, ces changements sont susceptibles d’améliorer la régulation du glucose et la capacité du corps à conserver une glycémie stable et un équilibre métabolique durant les périodes de stress, de maladie ou de changements alimentaires.
D’autres études mettent en évidence des bienfaits supplémentaires pour les personnes souffrant de résistance à l’insuline ou de diabète de type 2 en particulier, notamment des réductions de la glycémie à jeun, une baisse des taux d’hémoglobine A1c, une diminution de la graisse viscérale et, dans certains cas, un moindre besoin de médicaments contre le diabète.
Pourtant, le jeûne n’est pas sans risque pour les diabétiques. Duane Mellor avertit que « les personnes qui prennent de l’insuline ou des médicaments qui font produire plus d’insuline à l’organisme devraient consulter un médecin avant d’entamer un jeûne », notamment parce que l’hypoglycémie demeure un vrai risque si les médicaments ne sont pas correctement ajustés.
BIENFAITS POUR LE CERVEAU ET SANTÉ MENTALE
De nombreuses personnes font également état d’un affinement de la réflexion ou d’une amélioration de l’humeur, mais « les essais cliniques n’ont pas permis de montrer les mêmes bénéfices » chez les individus en bonne santé, tempère Duane Mellor. Dans le même temps, la recherche montre bel et bien que le jeûne intermittent comporte des bénéfices pour les personnes atteintes d’épilepsie, de la maladie d’Alzheimer et de la sclérose en plaques, à la fois en ce qui concerne les symptômes et la progression des maladies.
Cela suggère que le jeûne peut avoir une influence sur la santé du cerveau, un effet que Mark Mattson attribue en grande partie à une production accrue de facteurs neurotrophiques tels que le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) et à l’activation de réponses adaptives au stress cellulaire qui renforcent les réseaux neuronaux impliqués dans l’apprentissage et la mémoire.
Pourtant, « les preuves de bénéfices cognitifs demeurent très limitées », observe Krista Varady, et la recherche mécaniste a en grande partie été menée sur des animaux, ce qui ne se transpose pas nécessairement de manière directe aux humains.
PRUDENCE VIS-À-VIS DU JEÛNE
Malgré des bénéfices aussi nets que potentiels, le jeûne ne convient pas à tout le monde. « La prudence est de mise pour les personnes âgées fragiles ou pour toute personne présentant un risque de sarcopénie [une perte de masse musculaire et de force progressive liée à l’âge], car la perte de masse maigre peut être amplifiée sans apport protéinique adéquat et sans entraînement en résistance », explique Luigi Fontana.
Et parce qu’il est susceptible de déclencher des comportements restrictifs et des pensées obsédantes concernant la nourriture, « les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire devraient également éviter de jeûner », ajoute Valter Longo, directeur de l’Institut de la longévité de l’École de gérontologie Leonard-Davis de l’Université de Californie du Sud.
Luigi Fontana conseille également aux femmes enceintes ou qui allaitent de s’abstenir de jeûner en raison des besoins accrus en énergie et en nutriments pour soutenir la croissance fœtale et la production de lait.
Mais les femmes n’ont pas besoin d’éviter de jeûner dans l’absolu. Bien que l’on entende parfois dire en ligne que le jeûne perturbe les hormones, Krista Varady réplique que plusieurs essais cliniques de haute qualité réalisés sur des humains ne montrent aucun changement significatif dans les concentrations d’hormones sexuelles, même après un an de jeûne intermittent. Duane Mellor abonde en ce sens et relève que les seules études suggérant que le jeûne peut avoir un effet négatif sur le taux d’hormones sexuelles ont été faites sur des rongeurs, « mais celles sur les humains n’ont pas mis en évidence le même effet ».
Pourtant, selon Luigi Fontana, si le jeûne conduit à « une sous-alimentation chronique, à des troubles du sommeil, à des perturbations du cycle menstruel ou à un stress excessif », quel que soit le sexe de la personne, il convient de le modifier ou de l’interrompre.
COMMENT JEÛNER DE MANIÈRE PLUS INTELLIGENTE
L’un des principaux enseignements scientifiques est que le jeûne ne devrait jamais être une mesure isolée. « Aucun type de jeûne ne constitue de solution rapide et magique pour être en bonne santé, prévient Luigi Fontana. Sans amélioration de la qualité de l’alimentation et sans maintien d’une activité physique régulière, on pense notamment à l’entraînement en résistance, le jeûne n’est pas un substitut à un mode de vie global sain et peut entraîner des effets indésirables sur la santé. »
Duane Mellor est de cet avis et recommande de choisir une approche qui correspond à votre mode de vie : « Si vous essayez de changer votre alimentation, cela doit se faire de telle manière que cela fonctionne pour vous. » Il insiste également sur l’hydratation et recommande d’éviter les jeûnes qui restreignent totalement l’absorption de liquides. Une hydratation adéquate est cruciale pour maintenir la tension artérielle et la circulation sanguine ; et la recherche montre qu’une déshydratation légère suffit à provoquer maux de tête, vertiges, irritabilité et baisse des performances cognitives.
Pour jeûner plus efficacement, les spécialistes suggèrent de donner la priorité à un apport adéquat en protéines, de consommer des aliments complets riches en fibres lors des fenêtres désignées pour s’alimenter, de surveiller l’apparition de symptômes tels que les vertiges ou une fatigue excessive, et de consulter un professionnel de santé si vous avez des maladies chroniques ou si vous prenez tout traitement.
Patience et constance sont également la clé. « Un conseil important pour quiconque envisage d’entamer un jeûne intermittent, propose Mark Mattson, est de prendre conscience qu’il faut plusieurs semaines à un mois pour que le cerveau et l’organisme s’adaptent pour que vous n’ayez plus faim pendant la période de jeûne et pour que les améliorations des indicateurs de santé deviennent manifestes. »