Où et comment assister au retour des macareux moines sur le rivage ?

Avr 7, 2026 - 17:20
Où et comment assister au retour des macareux moines sur le rivage ?

Les macareux moines (Fratercula arctica) passent la majeure partie de leur vie en pleine mer mais chaque année en avril, le besoin de reproduction ramène ces créatures noir et blanc vers la terre ferme. Ces grandes colonies côtières se reproduisent, nichent et élèvent un seul petit par couple de macareux, en socialisant et en pêchant pour nourrir leur progéniture. 

« Je trouve ça absolument magique car on peut presque observer le conflit intérieur des macareux » indique Kenny Taylor, écologiste et « macarologue » autoproclamé qui étudie les oiseaux en Écosse depuis un demi-siècle. « Ce sont des oiseaux marins, des oiseaux de l'océan. S'ils pouvaient élever leurs petits en mer, ils le feraient. Mais ils doivent regagner le rivage pour ce faire. »

Vous pouvez observer ces beaux oiseaux commencer à se rassembler au large de la côte atlantique nord, d'abord par dizaines puis par centaines et enfin par milliers. Bien que l'Islande abrite 60 % de la population de macareux, on peut aussi les trouver sur les côtes du Maine aux États-Unis, de la Norvège et des Îles Britanniques. La province Terre-Neuve-et-Labrador au Canada abrite la plus grande colonie de macareux moines d'Amérique du Nord, avec plus de 350 000 macareux qui séjournent chaque année dans la réserve écologique de Witless Bay. 

Puis, comme s'ils s'étaient mis d'accord, les macareux s'élèvent au-dessus de l'eau et commencent à survoler les falaises rocheuses et les touffes d'herbe en contrebas. 

Il est fascinant de voir à quel point les macareux moines sont ponctuels, à tel point que l'île norvégienne de Lovund célèbre l'événement avec une fête le 14 avril connue comme Lundkommdagen, ou Jour de l'arrivée des macareux. Bien que Kenny Taylor précise que les macareux moines n'arrivent pas toujours exactement ce jour-là, il lui est arrivé d'assister à leur arrivée massive précisément le jour de Lundkommdagen.

Cependant, comme ils nichent sous terre, il arrive que des flancs de collines semblent étrangement dépourvus de vie, même si des dizaines de milliers d'oiseaux sont revenus sur la terre ferme. 

Du fait de leur invisibilité, il a fallu plus de temps aux scientifiques pour étudier ce qu'il se passe pendant leur période de nidification. Des caméras placées dans leurs terriers ont permis de révéler ce monde secret. 

 

LES SECRETS DES TERRIERS DE MACAREUX

Une fois arrivés sur la terre ferme, les macareux moines se mettent en quête d'un terrier et d'un partenaire. Un macareux peut garder les deux pour le restant de sa vie, et ces animaux ont une longévité plutôt étonnante : bon nombre d'entre eux atteignent la trentaine d'années et les plus âgés vivent jusqu'à quarante ans. 

« Il y a très peu de divorces » indique Kenny Taylor. Cela n'arrive généralement que si un couple ne parvient pas à se reproduire lors de ses premières tentatives. Lorsque cela arrive, tandis que la femelle trouvera un autre partenaire et s'installera dans un autre terrier, le mâle aura tendance à revenir dans le même terrier vide. 

Contrairement à d'autres animaux qui se contentent d'utiliser les terriers creusés par d'autres créatures pour s'abriter, les macareux moines utilisent leur bec puissant et leurs griffes acérées pour creuser leurs propres trous sous les rochers et dans le sol. 

Les caméras peuvent par exemple révéler quels prédateurs pourraient envahir les nids, les rats constituent un problème particulier lorsqu'ils sont introduits sur les îles, ainsi que les types de poissons donnés aux petits par leurs parents pour les nourrir. À titre d'exemple, on voit sur cette vidéo un macareux moine essayant d'engloutir un papillon de mer bien trop gros, peut-être parce que l'océan environnant est devenu trop chaud ou trop surexploité pour le hareng, que le macareux préfère. 

Néanmoins, une grande partie de la vie des macareux reste un mystère. 

« Cela ne fait que dix ou quinze ans que l'on a une idée d'où se trouvent les macareux moines pendant l'hiver » affirme Don Lyons, biologiste spécialisé dans les oiseaux marins et directeur des sciences de la conservation à la Société nationale Audubon (National Audubon Society). 

 

COMMENT LEUR BEC AIDE-T-IL LES MACAREUX À TROUVER UN PARTENAIRE ?

Si vous avez déjà vu des photos de macareux moines transportant des rangées de poissons dans leur bec orange vif, vous devinez sans doute que son bec est un atout d'importance pour l'espèce. Ce que vous ignorez peut-être, c'est que sa couleur vive n'est que temporaire. 

« Le bec est très important, mais seulement pendant la période de reproduction » précise Jacob Ligorria, écologiste spécialisé en oiseaux marins et explorateur National Geographic.

Les macareux voient le bec de leurs congénères comme un signe de bonne condition physique. Autrement dit, plus il est gros et plus sa couleur est vive, plus le spécimen sera considéré par les femelles comme un partenaire potentiel.

« Il existe aussi un comportement au cours duquel les deux oiseaux formant un couple se rencontrent et font claquer leurs becs l'un contre l'autre de manière audible » explique Jacob Ligorria. 

Mais une fois la période de reproduction terminée, ils perdent les plaques de kératine, modifiant ainsi la forme de leur bec, tandis que les ornements sur leurs yeux disparaissent, leur visage s'assombrit et leurs pattes passent d'un orange vif à un jaune pâle. Lorsque l'hiver revient, le macareux aura entièrement perdu ses parties orange, ne conservant qu'un bec plus petit, plus fin et plus noir qu'il utilisera pendant une grande partie de l'année. Une étude indique que cette transformation est si frappante que les premiers observateurs pensaient autrefois que les macareux d'été et d'hiver étaient deux espèces totalement différentes. 

 

PETITS OISEAUX, GRANDES PERSONNALITÉS

Si la majorité des observations des macareux moines se font sur la terre ferme, en pleine mer, ces oiseaux doivent affronter de nombreux obstacles. 

Par exemple, leur coloration noir et blanc est en réalité un moyen de camouflage en haute-mer appelé « contre-tonalité. »

« C'est assez courant dans l'océan car si je chasse quelque chose ou si je suis chassé, quand on me regarde d'en haut, on ne peut pas me voir parce que mon dos est noir et se confond avec les abysses » explique Jacob Ligorria. « Et quand on regarde vers le Soleil, mon ventre est blanc et se confond avec la lumière. »

De la taille d'un ballon de football, les macareux moines doivent aussi se méfier de leurs propres prédateurs, tels que les faucons gerfauts venant d'en haut, et les poissons et requins venant d'en bas. 

« Ce sont des oiseaux relativement petits et pourtant, ils accomplissent de grandes choses en termes de survie dans l'océan » affirme Kenny Taylor. 

Bien que les populations de macareux moines soient stables, l'Union internationale pour la conservation de la nature classe cette espèce comme vulnérable à l'extinction. Dans le passé, des populations ont été décimées par la surchasse, un problème que la Société Audubon s'est efforcée de résoudre en réintroduisant des macareux sur les îles où l'espèce avait autrefois élu domicile. En outre, les scientifiques continuent d'étudier l'impact du changement climatique sur ces créatures charismatiques, ainsi que sur les espèces de petits poissons dont le macareux dépend. 

« Nous avons les moyens d'aider véritablement les macareux moines grâce à une bonne gestion des océans et une protection de leurs lieux de nidification » affirme Don Lyons, qui a joué un rôle crucial dans le projet de la Société nationale Audubon visant à réintroduire les macareux moines sur leurs îles de nidification ancestrales. « Nous avons véritablement réussi à réintroduire les macareux dans des endroits comme le Maine. Leur histoire est donc un avertissement et une source d'espoir. »