Burkina Faso : coup de massue, 359 associations suspendues et 118 dissoutes
Au Burkina Faso, un arrêté du ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité annonce la suspension de 359 associations. En date du 21 avril 2026, cet arrêté intervient après la dissolution de 118 autres associations il y a une semaine. Les autorités évoquent le non-renouvellement des bureaux dirigeants pour justifier la suspension des 359 associations.
Burkina Faso : 359 associations suspendues pour « non-renouvellement de leurs instances »
Après les partis politiques qui ont été dissous, c’est le tour des associations et organisations non gouvernementales qui traversent une période de turbulence au Burkina Faso. Le 15 avril 2026, c’est par un communiqué que le ministre Emile Zerbo a annoncé la dissolution de 118 associations exerçant dans le domaine des droits humains. Le communiqué ne détaille pas les raisons de cette décision radicale. Les critiques qu’il a suscitées n’ont pas émoussé l’ardeur des autorités.
Une semaine après, une nouvelle décision tombe et frappe 359 associations. Cette fois-ci, il s’agit d’une suspension que le régime justifie par le non-renouvellement des instances dirigeantes des associations concernées. Pour le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité, le non-renouvellement des bureaux dirigeants constitue un manquement vis-à-vis de la loi nᵒ 011-2025/ALT du 17 juillet 2025 portant liberté d’association.
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La longue liste des associations comporte en majorité des organisations de la société civile qui interviennent notamment dans les domaines de la religion, de l’environnement, des droits humains, du sport, de l’éducation, de la solidarité et bien d’autres. Pendant la durée de la suspension, les associations sont autorisées à mener exclusivement des actions « tendant à régulariser » leur situation vis-à-vis des exigences de la loi et de leurs propres textes.
Le régime durcit le contrôle des associations et ONG
Promulguée par le capitaine Ibrahim Traoré, la loi nᵒ 011-2025/ALT du 17 juillet 2025 portant liberté d’association garantit la liberté d’association, mais durcit les conditions de création et de fonctionnement. Cette liberté d’association est soumise à des obligations strictes de déclaration, de contrôle administratif et de conformité légale. Ce cadre législatif donne le pouvoir au gouvernement de suspendre et même de dissoudre toute association et ONG.
Les autorités justifient ce durcissement de ton par des soupçons d’activités subversives qui pèsent contre certaines associations et ONG qualifiées d’« officines impérialistes ». Pour le Premier ministre Jean-Emmanuel Ouédraogo, les mesures prises par son gouvernement sont uniquement de nature à assainir le milieu des organisations de la société civile. Selon lui, certaines associations et ONG serviraient les intérêts de certains « partenaires impérialistes et toxiques ».
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« Nous avons aujourd’hui des partenaires impérialistes toxiques que nous avons chassés du Burkina Faso. Mais quand on regarde, on les a chassés par la porte, mais c’est par la fenêtre qu’ils continuent la manipulation et la subversion », a déclaré le Premier ministre qui a promis de mettre fin à la pratique.
Amnesty International dénonce une « atteinte flagrante au droit à la liberté d’association »
Fidèle à son engagement en faveur des droits humains, l’ONG Amnesty International n’est pas restée muette à propos de cette série de mesures prises contre les associations et ONG au Burkina Faso. Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, dénonce une « atteinte flagrante au droit à la liberté d’association ». « La dissolution d’ONG et d’associations est contraire à la Constitution du Burkina Faso, qui garantit la liberté d’association et la liberté syndicale. Les différents amendements constitutionnels n’ont jamais remis en cause ce principe », a-t-il soutenu.
Cette dissolution est également tout à fait incohérente et incompatible avec les obligations internationales du Burkina Faso en matière de droits humains, notamment celles découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels il est partie.
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Amnesty International invite les autorités à « mettre fin à leurs restrictions de l’espace civique et à leurs atteintes aux droits humains, et à respecter les obligations et engagements internationaux du pays en matière de droits humains ».