Un zoo peut-il être éthique ? C’est en tout cas le pari de ces institutions
Les disputes avant de partir à l'école ne sont pas rares chez nous. Toutefois, la raison de ce désaccord avec ma fille de dix ans m'a pris par surprise : une sortie scolaire au zoo avait été organisée et elle ne voulait pas y aller. En mettant de côté le fait que, de mon temps, j'aurais visité une déchetterie si cela m'avait permis d'échapper à un cours de maths, je lui ai demandé pourquoi elle était si réticente. « Ils sont cruels » m'a-t-elle répondu. Malgré tous les progrès réalisés au cours des dernières décennies par les zoos en général, et par certains d'entre eux de manière remarquable, les a priori négatifs persistent.
Ce n'est peut-être pas surprenant. Les premiers zoos, qui se sont répandus en Europe au 19e siècle, étaient des lieux sinistres où les animaux étaient enfermés dans des cages en fer ou dans des fosses grillagées, et souvent poussés à l'agressivité par le personnel et les visiteurs. Ils ont évolué en même temps que la sensibilité du public mais, trop souvent, la cruauté flagrante a simplement cédé la place à une forme plus insidieuse : des enclos trop étroits, une alimentation médiocre et un mépris flagrant du bien-être psychologique des animaux. Même si certains zoos sont malheureusement toujours dans cette situation, les choses commencent peu à peu à changer.
Le zoo de Jersey est bien différent. Inspiré de la philosophie de son fondateur innovant, Gerald Durrell, il a ouvert ses portes en 1959 avec pour objectif la conservation stratégique des espèces en danger, plutôt que la simple démonstration d'animaux.
Situé au cœur d'un parc de 13 hectares, le zoo dispose d'enclos spacieux et naturels. Son travail de conservation va de la reproduction en captivité d'espèces en danger comme le Nactus coindemirensis, une espèce de gecko nocturne, ou le pigeon rose (Nesoenas mayeri) afin de les réintroduire dans la nature, à la formation de spécialistes en conservation. Il aide également à restaurer des écosystèmes fragiles aussi loin que les Îles Galápagos et la forêt tropicale brésilienne.
Quelle que soit la manière dont une institution choisit de se présenter, ses références éthiques reposent sur trois priorités concrètes, selon Mark Habben, directeur des opérations du zoo de Jersey, « avoir une orientation claire en matière de conservation, une orientation claire en matière de recherche, ainsi que des objectifs et des évaluations bien définis sur le bien-être des animaux ».
Le zoo de Chester, l'un des plus grands du Royaume-Uni, suit ces directives. Il a accueilli près de 2,14 millions de visiteurs en 2025, un record en ses quatre-vingt-quatorze années d'existence. Selon le zoo, cela s'explique par son approche axée sur la conservation et le bien-être animal. Son espace « Heart of Africa », d'une superficie de 9 hectares, présente le travail de ses projets en Afrique centrale et de l'Est visant à protéger des espèces sauvages telles que le pangolin géant (Manis gigantea), le mammifère le plus braconné au monde, ou le bongo de montagne (Tragelaphus eurycerus isaaci), une antilope qui vit dans la forêt. Son programme de reproduction a par ailleurs permis la naissance d'oisillons de la tourterelle de Socorro (Zenaida graysoni), une espèce d'oiseau considérée comme éteinte dans les années 1970, ainsi que d'un petit léopard des neiges (Panthera uncia).
Ces « populations de secours », issues de la collaboration des zoos dans le monde entier visant à garantir un patrimoine génétique aussi large que possible, jouent un rôle de plus en plus essentiel à une époque marquée par le braconnage endémique, la chasse et la perte d'habitat. Ces trois facteurs ont conduit l'oryx d'Arabie (Oryx leucoryx), peuplant autrefois abondamment la péninsule arabique, à être classé comme éteint à l'état sauvage au début des années 1970. Pourtant, aujourd'hui, grâce à la réussite d'un programme de reproduction en captivité auquel participent des zoos tels que ceux de Phoenix, de San Diego et de Londres, on en compte des milliers à l'état sauvage ou dans des populations gérées. L'espèce a été reclassée comme « vulnérable ».
Le rétablissement de l'oryx d'Arabie est considéré comme un modèle de conservation et de réintroduction assistés par les zoos, au même titre que le condor de Californie (Gymnogyps californianus). En 1982, il ne restait plus à l'état sauvage que vingt-deux de ces géants, dont l'envergure peut atteindre trois mètres, l'empoisonnement au plomb causé par les balles des chasseurs et la collision avec des câbles électriques constituant des menaces majeures. Un programme de reproduction coordonné, impliquant les zoos de San Diego et de Los Angeles, a permis de porter ce chiffre à plusieurs centaines d'individus, aujourd'hui répartis dans des zones telles que les parcs naturels de Zion et du Grand Canyon.
Ces deux études de cas illustrent une vérité désagréable : alors qu'autrefois les enclos protégaient les humains des animaux, ils doivent parfois faire l'inverse de nos jours. « De nombreuses personnes pensent toujours que les zoos sont une mauvaise chose car les animaux ne sont pas dans la nature » explique Samantha Ward, spécialiste en éthique animale à l'Université de Nottingham Trent (NTU). « Mais la vérité c'est que la nature n'est plus cet endroit où les animaux peuvent vagabonder librement, où tout n'est que bonheur et émerveillement ».
Samantha Ward collabore avec des zoos pour améliorer les conditions de bien-être des animaux. Tout d'abord en veillant à ce qu'ils disposent de l'espace, de l'environnement et de la stimulation mentale qui leur sont nécessaires, non pas seulement pour survivre mais pour s'épanouir. Elle participe également à l'élaboration de lois. Une grande partie de l'Europe, en vertu de la Directive de l'UE sur les zoos, et le Royaume-Uni, en vertu de sa loi tout aussi exhaustive sur l'accréditation de licences aux zoos, sont soumis à une régulation stricte régissant l'hébergement et les soins vétérinaires, jusqu'à l'affichage des informations sur les espèces et les menaces auxquelles elles font face dans la nature.
Cependant, les normes des législations nationales sont très variables. C'est pourquoi des normes sont fixées par des organismes d'accréditation tels que la WAZA (association mondiale des zoos et aquariums) ainsi que ses équivalents européens, britanniques et américains : l'EAZA (association européenne des zoos et aquariums), la BIAZA (association britannique et irlandaise des zoos et aquariums) et l'AZA (association américaine des zoos et aquariums). Oui, cela fait beaucoup d'acronymes, reconnaît Samantha Ward. Mais « si vous sortez des sentiers battus, et en particulier dans des zones de l'Asie où le bien-être animal est généralement connu pour être assez médiocre, rechercher l'une de ces accréditations est la meilleure chose à faire ».
Avec environ 700 millions de visiteurs par an dans les zoos du monde entier, l'importance de ces institutions pour éveiller la curiosité et favoriser l'éducation est considérable. Une étude réalisée en 2024 par l'université de Sheffield, qui a compilé cinquante travaux de recherche menés sur près de quarante zoos et aquariums dans le monde entier, a révélé que les visiteurs, à leur départ, en avaient une opinion plus positive. Ils étaient mieux informés et plus enclins à agir pour protéger des espèces et leurs habitats, par exemple en soutenant des associations de protection de la faune ou en achetant des produits plus durables.
Shaldon Wildlife Trust, situé dans le comté du Devon en Angleterre, se présente comme le « petit zoo qui fait une grande différence. » Ses animaux sont principalement des espèces menacées d'extinction élevées dans le cadre de programmes de reproduction, par exemple le capucin à poitrine jaune (Sapajus xanthosternos), un primate sud-américain dont la population a diminué de plus de 80 % ces cinquante dernières années.
Le directeur, Zak Showell, dit comprendre la réticence que peut susciter la visite d'un zoo. Il ajoute cependant qu'en partie grâce au travail réalisé par des organisations comme l'EAZA et l'AZA, les normes sont aujourd'hui « bien plus exigeantes qu'on ne le pense ». Et comme les zoos sont les principaux bailleurs de fonds pour la conservation des espèces dans le monde, il est essentiel de convaincre les visiteurs potentiels de leurs mérites.
« Nous devons trouver un équilibre délicat entre la réussite de nos activités commerciales afin de générer suffisamment de revenus pour mener à bien nos objectifs de conservation, d'éducation et de recherche » explique Zak Showell. Il ajoute que les sceptiques devraient « venir, nous poser des questions et examiner de près le travail que nous accomplissons. »
C'est exactement ce que ma fille a fini par faire et elle est revenue de sa sortie scolaire pleine d'enthousiasme. C'est là tout le pouvoir de ce que Samantha Ward appelle les « zoos progressistes ». Elle explique que ce sont ceux « qui utilisent les connaissances acquises pour constamment améliorer leurs espaces de captivité, contribuer à des programmes de conservation et aider à la préservation des espèces dans la nature. S'ils font tout cela correctement, alors ce sont des zoos progressistes et je pense qu'ils méritent vraiment d'être défendus ».