Culture du pourboire aux États‑Unis : petit guide pour s’y retrouver
Lorsqu’elle s'est rendue aux États‑Unis pour la première fois en huit ans, en 2025, Jordan Kastelic a été choquée par l'évolution des attentes en matière de pourboires. « Dans la plupart des pays, le pourboire sert à dire “merci”. C’est facultatif, limité et lié à la qualité du service », explique cette game designeuse de vingt-huit ans, originaire de Londres. « Aux États‑Unis, j’avais l’impression que c’était obligatoire, comme une taxe cachée. » À un moment, on lui a demandé de laisser un pourboire pour un muffin préemballé dans un café en libre‑service. « Il n'y a eu aucun service, aucune interaction, juste un écran qui me demandait d’ajouter un pourboire. »
Le pourboire est ancré dans la culture américaine depuis plus d’un siècle, et il a toujours été un peu controversé. Historiquement, il s’agissait d’un geste symbolique des classes aisées pour montrer leur appréciation d’un bon service. Cela avait l’avantage de compléter le revenu des employés, mais ce n’était jamais l’objectif initial.
Lorsque le Fair Labor Standards Act de 1938 est entré en vigueur, les employeurs ont été autorisés à payer leur personnel en dessous du salaire minimum, à condition que les pourboires complètent la différence. Dans certains États, les travailleurs dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration peuvent être payés 2,13 $ de l'heure (environ 1,85 €), avec l’idée que les pourboires leur permettront d’atteindre le salaire minimum fédéral de 7,25 $ (environ 6,26 € de l'heure). En théorie, le pourboire est donc resté facultatif, mais en pratique, il est devenu indispensable, et certains clients estiment que la situation a désormais atteint un point de rupture.
Récemment, la culture du pourboire américaine est passée à la vitesse supérieure, un phénomène que d'aucuns désignent comme la « tipflation ». Pendant la pandémie de Covid-19, alors que de nombreux établissements fermaient, les clients ont été encouragés à se montrer plus généreux ; si des pourboires de 15 % à 20 % constituaient la norme auparavant, les pourboires de 30 % sont devenus courants dans certains endroits. Après la pandémie, les attentes sont restées élevées en raison de l’augmentation spectaculaire du coût de la vie.
La généralisation des terminaux de paiement numériques a aggravé le problème. Ces systèmes demandent aux clients de choisir un pourcentage de pourboire avant de pouvoir payer et, même s’il est possible de refuser ou de modifier le montant en un clic, cela se fait sous le regard de la personne qui nous sert, et peu rendre l'échange gênant. La demande s'est aussi répandue dans des secteurs où le service est minimal, voire apparemment inexistant. On peut désormais vous demander de laisser un pourboire pour un café à emporter, et même une machine en libre‑service peut suggérer de laisser une gratification.
Selon une étude de 2023 du Pew Research Center, deux tiers des Américains se disent déconcertés par les changements de règles. Pour les touristes, la confusion est encore plus grande, et l'on reporte de plus en plus de plaintes. Au moins 63 % des Américains ont une opinion négative du système de pourboires, selon une enquête de 2025 menée par Bankrate, un site financier et de comparaison de services, et 41 % des personnes interrogées estiment que la situation est devenue incontrôlable. À tel point que certains clients refusent tout simplement de laisser un pourboire.
Certaines enseignes ont adopté des politiques sans pourboire, tandis que des États comme la Californie et le Nevada ont supprimé le salaire minimum différencié pour les employés rémunérés au pourboire. « Mais sans une action du Congrès, il est peu probable que cela change de sitôt », affirme Nick Leighton, co‑animateur du podcast de savoir-vivre Were You Raised By Wolves ? ("Avez-vous été élevés par des loups" en français, ndlr).
PRÉVOIR SON BUDGET EN CONSÉQUENCE
Alors, comment prévoir son budget pour un voyage quand on ne sait pas de quel montant seront lesdits pourboires ? « Je calculerais un budget quotidien de dépenses, puis j’y ajouterais 20 % pour les pourboires », conseille Scarlett Martin, spécialiste des États‑Unis chez Flight Centre UK.
En règle générale, comptez environ 15 % à 20 % de plus que la note au restaurant ; dans les grandes villes, les établissements gastronomiques ou en cas de demandes alimentaires particulières, cela peut monter jusqu’à 25 %. Les mêmes pourcentages s’appliquent aux livraisons de repas, qui peuvent augmenter selon la distance ou la météo, ainsi qu’au service au bar. Pour les plats à emporter et les cafés, le pourboire est facultatif, mais quelques dollars sont toujours appréciés.
Un pourboire de 10 % à 15 % est aussi courant pour les trajets plus longs en taxi ou en VTC, tandis qu’un montant de 10 % à 20 % est habituel pour les excursions d’une journée. Natalie Sexton, responsable de marque chez le voyagiste Ocean Florida, recommande également de prévoir une petite réserve de billets de 5 $ pour les pourboires destinés au personnel d’étage, aux porteurs ou aux voituriers. Il est bon de rappeler aussi que le pourboire reste optionnel : si vous estimez que la situation ne le justifie pas, vous êtes tout à fait en droit de le refuser.