Photographie : les plus beaux motifs de la nature
Par une fraîche matinée d'automne, lors d'un séjour en camping dans le nord-ouest du Pacifique, je suis allé me promener sur la plage. Des vagues de brouillard masquaient une grande partie du paysage, alors j'ai commencé à examiner le sable à mes pieds, espérant trouver un caillou ou un coquillage intéressant. Rapidement, ce n'est plus un objet unique qui a captivé mon attention mais une fresque de motifs curieux qui s'étendait à perte de vue sur la plage.
J'ai découvert des amas de petites dépressions rondes qui rappelaient les cratères de la Lune, ainsi que des taches d'écume persistante à la structure presque alvéolaire. J'ai remarqué des sentiers étroits et sinueux sculptés dans le sable et des tunnels tortueux, semblables à des nouilles udon, qui surgissaient du sol. Les crêtes et les creux présents sur certaines parties de la plage ressemblaient aux dunes d'un désert en miniature. D'autres parties présentaient des motifs dégradés, ondulés ou parsemés de chevrons, de paraboles ou de demi-lunes. À quelques endroits, quelque chose avait tracé des cercles concentriques parfaits autour d'une plante isolée.
Après ce voyage, je ne cessais de penser aux motifs que j'avais observés : ces formes complexes, magnifiques et manifestement loin d'être aléatoires. Qu'est-ce qui expliquait leur existence ? Comment s'étaient-elles formées ? J'ai commencé à mener l'enquête. J'ai appris que le va-et-vient des vagues déferlantes crée des motifs en forme de V appelés rides rhomboidales. Si une vague vient lécher le rivage et heurte un caillou ou un autre objet, elle érode le sable qui l'entoure, formant ainsi des croissants plus marqués.
Des grains de sable, emportés par le vent, s'envolent de la plage avant d'y retomber, projetant ainsi d'autres grains dans les airs. Au fil du temps, les mouvements répétés de déplacement des particules accentuent naturellement les crêtes et les creux, créant des ondulations semblables à des dunes.
Certains animaux, tels que les escargots, forment des traces sur le sable lorsqu'ils cherchent de la nourriture, tandis que les mollusques fouisseurs forment des réseaux de tunnels sinueux et légèrement surélevés. Et lorsque le vent aplatit et tord les tiges de plantes bien enracinées, il peut tracer des arcs et des cercles sur la plage, comme s'il maniait un compas. La plage était une page blanche sur laquelle le vent, les vagues, le courant et les créatures écrivaient dans une langue secrète qui ne demandait qu'à être déchiffrée. Chaque motif que j'avais observé était une rune, mystérieuse mais pleine de sens.
C'est également sur le bord de la mer que Jon McCormack a développé un nouvel intérêt pour les motifs de la nature et leur signification cachée. Photographe de renom, écologiste et vice-président chargé des appareils et logiciels photo chez Apple, Jon McCormack s'est installé en Californie avec sa femme au début de la pandémie de COVID-19, en quête de réconfort et d'un refuge. Tous les soirs, il se rendait sur la plage d'Asilomar State, appareil photo à la main, où il était attiré par les « harmonies de la nature », comme il les appelle. « Ce que j'ai vraiment trouvé fascinant, ce sont ces petits moments où la marée, la lumière et les pierres se combinent pour créer ces motifs éphémères » explique-t-il. « C'était bien plus intéressant que le reste de la splendeur de la plage. J'avais toujours été intéressé par l'environnement. C'est ce qui m'a poussé à principalement m'intéresser, en tant que photographe, aux motifs et à la structure du monde naturel ».
En parcourant ses archives, il s'est rendu compte que les motifs de la nature guidaient ses compositions pendant des années, même s'il ne s'en était pas totalement rendu compte. Désormais, il voulait les photographier intentionnellement et examiner les parallèles qui existent entre eux. Parfois, cela l'amenait à se rendre dans le jardin d'un voisin pour observer les pétales d'un hibiscus en fleur ou à apprendre à photographier un plancton minuscule, comme un joyau, à travers un microscope. D'autres fois, il s'aventurait jusqu'à l'archipel norvégien de Svalbard, dans l'Arctique, pour immortaliser la beauté éthérée des grottes de glace. Le résultat : un nouvel ouvrage, Patterns: Art of the Natural World, qui présente des formes intrigantes à toutes les échelles, des micro-organismes aux chaînes de montagne. Cette galerie d'images magnifiques est ponctuée de courts essais contemplatifs rédigés par des écrivains et penseurs de renom, notamment le biologiste David George Haskell, ainsi que les explorateurs National Geographic Wade Davis et Sylvia Earle.
Les motifs de la nature fascinent notre espèce depuis bien plus longtemps qu'il n'existe de traces écrites, comme le démontrent les peintures rupestres préhistoriques et les haches décorées de coquillages. Les philosophes et scientifiques s'y intéressent depuis des millénaires. Pendant une grande partie de l'histoire humaine, des phénomènes tels que les éclairs, les phases de la Lune, ainsi que les taches et rayures enchanteresses des animaux, étaient expliqués par le folklore ou de simples récits. À l'heure actuelle, les scientifiques ont fait des avancées considérables dans l'explication de ces phénomènes, même si de nombreux mystères persistent. À maintes reprises, les chercheurs ont découvert qu'il existait une logique secrète derrière les motifs les plus stupéfiants et complexes de la nature.
Prenons l'exemple du flocon de neige, l'un des symboles de la symétrie les plus appréciés dans la nature. La beauté ensorcelante du flocon de neige commence à prendre forme au niveau atomique. Chaque molécule existante est composée d'atomes individuels qui s'assemblent selon des angles spécifiques. C'est cette géométrie qui détermine la forme que prennent ces molécules lorsqu'elles s'assemblent pour former des structures plus grosses. Lorsque des molécules d'eau en suspension dans l'air gèlent, les angles entre leurs atomes donnent naissance à des cristaux de glace de forme hexagonale. Ainsi, tous les flocons de neige naissent sous la forme de simples hexagones flottants.
À mesure que ces cristaux hexagonaux tombent dans l'air, ils grossissent en accumulant et en gelant davantage de molécules d'eau. Les pointes saillantes du cristal ont davantage accès à la vapeur présente dans l'air et ont donc tendance à se développer plus rapidement, résultant souvent en fines extensions qui peuvent se ramifier à plusieurs reprises pour façonner des formes plus complexes. Les légères variations d'humidité et de température déterminent les trajectoires de croissance propres à ces branches et la forme finale d'un flocon de neige. Ce processus est si variable qu'il est très peu probable que deux flocons de neige soient identiques. Pourtant, chaque flocon de neige obéit aux mêmes lois, résulte des mêmes processus atmosphériques et présente la même symétrie radiale.
L'hexagone est l'une des formes les plus répandues dans la nature. On le retrouve notamment dans les ruches d'abeilles, les yeux des insectes, les carapaces de tortues, la peau des ananas, les cristaux, les colonnes basaltiques et les amas de bulles de savon qui flottent sur l'eau. Les hexagones constituent un moyen très efficace de remplir un espace. Seules trois formes à côtés égaux peuvent recouvrir entièrement une surface plane : les carrés, les triangles et les hexagones. Parmi ces formes, c'est l'hexagone qui se rapproche le plus du cercle, il couvre la plus grande surface avec le plus petit périmètre et a donc besoin de moins de matière pour une couverture maximale. Les angles formés par les hexagones offrent aussi une excellente stabilité structurelle.
Des explications similaires sont probablement à l'origine de l'omniprésence des fractales et des spirales dans tout ce qui nous entoure : des feuilles et des coquillages aux ouragans et aux galaxies. Les rivières et les éclairs se ramifient de façon fractale car tous deux cherchent le chemin le plus efficace pour avancer : celui de la moindre résistance. Comme les fractales excellent à se répandre dans un espace donné sans pour autant le remplir complètement, elles sont particulièrement utiles pour former des réseaux ramifiés qui transportent de manière efficace l'air ou les fluides dans un organisme vivant. De la même façon, les spirales semblent aider les organismes à maximiser leur efficacité. On pense par exemple que les spirales entrecroisées présentes dans les têtes de tournesol permettent un agencement optimal des fleurons et des graines. Ainsi, par leur réciprocité et leur ordre frappants, ces motifs sont l'expression de la poésie intrinsèque de la nature.
« Je voulais que les gens voient ce que je vois dans la nature » indique Jon McCormack à propos de son nouveau livre. « Je voulais que les autres découvrent les merveilles que je vois et je voulais le faire d'une manière accessible. Je ne voulais pas que ce soit un livre d'art sophistiqué, un manuel scolaire ou un traité. Ce livre est mon poème visuel dédié à notre planète ».