PME de l’UEMOA : faciliter leur accès à la Bourse pour en faire des « champions régionaux »
Si les PME représentent l’essentiel du tissu économique africain, leur accès au financement s’apparente à un goulot d’étranglement qui menace directement leur survie. En UEMOA, pour les aider à sortir de cette impasse, Constantin Dabiré (SA2IF) estime qu’il ne s’agit pas tant d’ouvrir davantage les marchés financiers aux PME que de les accompagner et de les restructurer selon les exigences de ces derniers afin de faire émerger, à terme, de futurs leaders économiques régionaux.
Le modèle boursier face à la structure familiale des PME
En théorie, le recours aux marchés financiers apparaît comme une solution logique pour diversifier les sources de financement des entreprises ouest-africaines. Dans la pratique, les choses restent plus compliquées. En UEMOA, nombre de PME s’appuient encore sur un fonctionnement familial, parfois bâti autour d’un cercle restreint mêlant dirigeants, proches et membres de la famille. Une organisation qui – sans remettre en cause son efficacité globale – répond plus difficilement aux exigences de gouvernance ou de transparence financière attendues sur les marchés. L’erreur – estime Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF, dans une interview accordée à BF1TV – est donc de vouloir “amener ces PME à se comporter comme des grandes entreprises” alors que leur contexte et leur organisation sont bien différents.
L’historique de ces entreprises s’est, en effet, construit en dehors des circuits financiers traditionnels, ce qui explique pourquoi elles ne cochent pas, pour la plupart, les cases réglementaires indispensables. Des critères régulièrement jugés trop contraignants par les entrepreneurs, alors même qu’ils restent indispensables à la protection des investisseurs et au fonctionnement de la Bourse. Ce paradoxe, sans être nouveau, se heurte toutefois à une urgence : les PME africaines font face à un déficit de financement dépassant les 330 milliards de dollars par an selon la Banque africaine de développement.
Accompagner leur restructuration et adapter les règles
Agir n’est donc plus une option ; et pour Constantin Dabiré, si les PME ont besoin de temps pour accéder durablement à la Bourse, “il faut les accompagner” en ce sens. Beaucoup doivent encore clarifier leurs comptes, renforcer leur gouvernance ou stabiliser leur organisation interne avant d’envisager une entrée sur les marchés. L’idée serait donc de constituer des “pipelines” d’entreprises capables d’être accompagnées dans la durée. Les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer mais le privé peut également être un relais de choix ; notamment via des structures spécialisées dans le conseil et l’ingénierie financière, à l’image de la SA2IF qui restructure et met à niveau les entreprises pour leur ouvrir les portes des marchés financiers.
Cette transition ne se fera pas seulement au prix des efforts consentis par les PME, les marchés financiers ont également des réflexions à mener quant aux produits proposés. En UEMOA, il serait pertinent pour la BRVM, observe Constantin Dabiré, d’adapter les “produits boursiers et financiers aux besoins des PME”. Et au-delà du seul besoin de financement, cette démarche illustre en filigrane un enjeu majeur de souveraineté pour l’ensemble des économies du continent cherchant à renforcer leurs capacités de production et leur autonomie financière.
Créer les futurs champions régionaux
Toutes les PME n’ont pas vocation à intégrer les marchés financiers. L’objectif serait plutôt d’identifier certaines entreprises en capacité de devenir progressivement des leaders économiques régionaux. Le sujet dépasse donc la seule question de l’accès à la Bourse, il touche aussi à la manière dont les États ouest-africains souhaitent faire émerger des acteurs économiques capables de se développer sur le long terme. Cette approche rappelle, d’ailleurs, d’autres stratégies observées sur le continent. Au Nigeria, sous la présidence d’Olusegun Obasanjo, plusieurs opérateurs privés avaient bénéficié d’un accompagnement de l’État, favorisant leur montée en puissance et leur consolidation jusqu’à devenir des références dans leurs secteurs respectifs.
Le chemin reste toutefois étroit pour une majorité de PME de la région. Si la Tech concentre une grande partie des financements et de la visibilité, la réalité économique de l’UEMOA est toute autre : elle repose massivement sur l’agriculture, les services ou les petites activités industrielles. Des secteurs moins exposés mais qui concentrent une part importante de l’activité économique locale. Encourager leur attractivité constituera assurément l’un des piliers du financement des PME et de leur pérennité.