Transports, visa, monnaie : comment bien voyager en Chine ?
Les étrangers l’appellent Chine, mais les Chinois l’appellent Zhōngguó, l’Empire du milieu, ainsi nommé car ses habitants pensaient autrefois se trouver au centre du monde. Et au vu de telles richesses, on comprend facilement pourquoi. Des sommets vertigineux de Zhāngjiājiè, qui ont servi d’inspiration au film Avatar, aux sables mouvants du désert du Taklamakan, la Chine abrite plus de climats et d’écosystèmes que la plupart des pays.
Depuis des millénaires, les Chinois plient ces paysages à leur volonté. Voilà plus de 4 000 ans, on commença à dompter les rivières et à semer des cultures le long des plaines de lœss fertiles du fleuve Jaune. Les idées fleurirent à mesure que prenaient forme des philosophies et systèmes de gouvernance typiquement chinois. On sculpta des bouddhas géants dans le flanc des montagnes, dont de nombreux subsistent en dépit de siècles de bouleversements culturels. La Chine érigea des murs pour protéger son empire qui s’étend sur plus de vingt degrés de longitude, soit l’équivalent de la distance entre Londres et Moscou.
La Grande Muraille est toujours là, mais tout autour a changé. La Chine contemporaine vibre d’innovation : des villes étincelantes tout en gratte-ciel, des légions de véhicules électriques, les trains les plus rapides du monde. Mais malgré cette incessante réinvention, les traditions perdurent. Les vendeurs de rue servent des mets bouillants à l’ombre des gratte-ciel. Des idéogrammes, brillants sur chaque panneau publicitaire, donnent à voir le même système d’écriture que l’on gravait sur des os de bœufs il y a plus de 3 000 ans.
Cela peut sembler monumental, voire intimidant, mais la Chine actuelle est plus accessible aux touristes que jamais. Voici comment se garantir un voyage sans accrocs.
AURAI-JE BESOIN D’UN VISA ?
Tout dépend de votre passeport. Les habitants d’un groupe toujours plus nombreux composé d’une cinquantaine de pays peuvent actuellement entrer en Chine sans visa et y rester jusqu’à trente jours. Si votre pays ne fait pas partie de la liste (par exemple, les États-Unis au moment de l’écriture de cet article), vous êtes tout de même probablement éligible à un visa de transit de dix jours à l’arrivée si vous atterrissez dans de grandes villes telles que Beijing, Shanghai et Guangzhou, à condition que vous poursuiviez votre voyage vers un autre pays. La plupart des voyageurs peuvent également obtenir un « visa à l’arrivée » de cinq jours en franchissant la frontière terrestre depuis Hong Kong. Autrement, il vous faudra un visa et remplir des formulaires en ligne, puis prévoir un rendez-vous au Centre des visas chinois de votre pays, où l’on vérifiera vos papiers et prélèvera vos empreintes.
QUELLE EST LA MEILLEURE PÉRIODE POUR VISITER LA CHINE ?
Son immensité et sa diversité climatique permettent à la Chine de faire valoir ses atouts tout au long de l’année. La météo peut se prêter au port du t-shirt à Hong Kong bien avant que les œuvres du légendaire festival de sculpture sur glace de Harbin, dans l’extrême-nord du pays, n’aient eu le temps de se transformer en flaques d’eau. Le milieu de l’été (de juillet à août) est caniculaire partout, avec des températures dépassant les 35°C à Beijing et Shanghai. Le printemps et l’automne sont les périodes idéales pour des voyages ensoleillés et doux. Le Nouvel An lunaire (qui tombe généralement entre la fin janvier et la mi-février) est à éviter, car les commerces ferment et les trains interurbains et les avions sont complets. La même chose vaut pour la semaine d’or, fête nationale du début du mois d’octobre lors de laquelle la Chine tout entière semble prendre d’assaut les monuments.
CIRCUIT ORGANISÉ OU VOYAGE EN SOLO ?
Cela dépend vraiment de votre style de voyage. Si vous avez une aventure sur mesure en tête (par exemple suivre la Route de la soie jusqu’en Asie Centrale), un circuit comporte les avantages que procurent guides spécialisés, simplification logistique et expériences soigneusement choisies. Notez que les circuits organisés sont obligatoires pour les touristes étrangers visitant le Tibet. Cependant, si vous prévoyez simplement de visiter les grands sites et les métropoles, partir en solo ne pose pas de difficultés, à condition toutefois que vous soyez prêts à adopter les applications chinoises, à bricoler un peu avec la technologie et à composer avec d’occasionnelles barrières linguistiques. Les hébergements se réservent facilement à partir de vos sites préférés, tandis que Trip.com est la référence pour les billets de train, les vols domestiques et les circuits.
CELA COÛTE-T-IL CHER DE VOYAGER EN CHINE ?
Cela ne l’est pas nécessairement. Vous pourriez dépenser l’équivalent de quelques euros pour déguster les meilleures nouilles de votre vie, boire une bière locale bon marché et dormir dans un hôtel économique étonnamment élégant. La nuit dans une chambre double dans l’une des chaînes d’hôtel chinoises de milieu de gamme coûte 500 yuans environ (62 euros), soit à peu près le même montant qu’un billet de train à grande vitesse pour aller voir les guerriers en terre cuite de Xi’an au départ de Beijing, un trajet de près de 1 000 kilomètres. Les grands sites offrent également un bon rapport qualité-prix : l’entrée à la Cité interdite, à Beijing, coûte 40 à 60 yuans (entre 5 et 7,50 euros), quoiqu’il faille débourser un peu plus pour les panoramas de montagne et les parcs nationaux. Dans des villes comme Beijing et Shanghai, les trajets en taxi, jusqu’à cinq kilomètres environ, devraient coûter moins de 30 yuans (3,76 euros).
DOIS-JE UTILISER DES APPLICATIONS CHINOISES POUR PAYER ?
Les espèces ont toujours cours légal, mais dans la pratique tout ou presque se règle via deux applications, WeChat et Alipay, qu’il s’agisse de payer un dîner ou de donner de l’argent à un artiste de rue. Les deux disposent d’interfaces internationales traduites en anglais et/ou partiellement en français qui permettent de leur associer une carte de crédit ou de débit étrangère pour effectuer des paiements. Cependant, pour les touristes, Alipay est la meilleure option, car elle intègre d’autres services utiles, comme Didi (l’Uber chinois) ou encore la location de vélo en libre-service. Naturellement, cela signifie que le fait de posséder un smartphone et d’avoir un accès à Internet est absolument essentiel pour voyager de manière indépendante en Chine.
COMMENT LES TOURISTES SE DÉPLACENT-ILS HABITUELLEMENT ?
À toute allure et avec une belle vue à bord de trains à grande vitesse (gāotiě). La Chine a dépassé les 40 000 kilomètres de voies ferrées à grande vitesse en 2025 ; son réseau est ainsi treize fois plus grand que celui du Shinkansen, au Japon. Les tout derniers trains « Fùxīng » glissent à une vitesse de 350 km/h ; ce qui n’est pas rien quand on pense que la première ligne à grande vitesse du pays, un jet de pierre de 120 kilomètres entre Beijing et Tianjin, n’a ouvert qu’à la veille des Jeux olympiques de 2008. Toutes les grandes villes sont désormais reliées ; il existe même une ligne entre Beijing et Kunming, ville de la lointaine province du Yunnan, une ligne droite de 2 760 kilomètres qui se parcourt en dix heures à peine. L’achat de billets de train est également un jeu d’enfant. On peut également les réserver en ligne via le site Trip.com (solution plus facile que l’application officielle si on ne lit pas le chinois), sans qu’il soit nécessaire d’imprimer son billet. Votre passeport est associé à la réservation et scanné dans les gares au moment de l’embarquement.
EXISTE-T-IL DES RESTRICTIONS D’ACCÈS À INTERNET EN CHINE ?
Vous avez probablement entendu parler du Grand Firewall de Chine, le système chinois de censure du web qui bloque bon nombre des applications que l’on utilise au quotidien en voyageant, comme Google Maps, Instagram, Gmail, Facebook, X ou encore ChatGPT. Si vous utilisez un réseau wifi chinois ou une carte SIM chinoise (on en vend dans les aéroports), la seule façon de contourner ce pare-feu est d’installer un VPN, chose qu’il faudra faire avant de partir. Ces services sont toutefois capricieux. Une meilleure option est une eSIM telle que Nomad ou encore le propre service d’itinérance de votre téléphone ; les deux permettent d’accéder aux applications et sites web restreints, bien que les frais d’itinérance puissent rapidement grimper.
DOIS-JE M’INQUIÉTIER POUR MA SÉCURITÉ OU DE LA SURVEILLANCE ?
La Chine est généralement très sûre pour les touristes. Les crimes graves sont rares, mais il existe de petites arnaques, comme la surfacturation du thé ou l’échange de vrais billets contre des faux par certains chauffeurs de taxi, bien que depuis l’essor des applications de paiement, cette dernière pratique appartienne quasiment au passé. Les conversations sur des applications comme WeChat peuvent être surveillées, il est donc préférable d’éviter les sujets sensibles. Aux frontières, les contrôles biométriques (empreintes digitales et reconnaissance faciale) sont la routine. Les hôtels enregistrent automatiquement les clients étrangers auprès de la police locale ; si vous logez dans un hébergement privé, vous devez vous enregistrer au commissariat de police le plus proche sous vingt-quatre heures. Restez loin des drogues et de tout ce qui touche à la politique et votre visite devrait se passer sans accrocs et vous permettra d’explorer, de savourer et de vivre tout ce que la Chine a à offrir.