Tribune : la rupture « provisoire » Diomaye-Sonko sert-elle la cause des pourfendeurs du plans B ?

Mai 23, 2026 - 16:20
Tribune : la rupture « provisoire » Diomaye-Sonko sert-elle la cause des pourfendeurs du plans B ?
Sénégal : guerre Faye - Sonko, les cadres du Pastef prennent position

Je me souviens avoir écrit, il y a deux ans, qu’Ousmane Sonko, dont je ne partage pas les positions politiques, n’aurait pas dû accepter d’être Premier ministre.

Pas tant à cause des conflits possibles avec Bassirou Diomaye Faye que du fait que, si tu es Premier Ministre avec pleins pouvoirs (à la Jospin), tu auras du mal à prétendre à la présidence après.

Par ailleurs, Ousmane Sonko a été le chef de Diomaye, il a été son leader, son mentor, et son second est devenu chef.
Forcément, cela allait être difficile…. Ça ne marche pas qu’en Russie. Ça pouvait vraiment marcher au Sénégal.

La question à se poser maintenant est : Bassirou Diomaye Faye va faire quoi ? Créer une large coalition ? Tuer l’esprit de la rupture ? S’allier à Macky Sall ? À Karim Wade ? À quel prix ? Acheter des députés ? Diviser le Pastef ? Mais quelle idée de discuter avec les autres partis politiques sans être en mesure de le faire en qualité de président, avec le leader du Pastef, son frère Sonko ? La colère est mauvaise conseillère. Les deux devront s’apaiser et se dépasser !

Quelqu’un a écrit dans un groupe ceci :
« Ce qui devait arriver arriva. Et dire que certains proposaient le plan B en Côte d’Ivoire aux opposants qui furent éliminés de la présidentielle avec des artifices juridiques.
Laurent Gbagbo a dit : le fauteuil présidentiel n’est pas un banc présidentiel.
Il ne peut donc y avoir deux ou trois places. Le fauteuil, c’est une place et une seule.
La suite. »

Je lui ai répondu :
« Les tensions actuelles au Sénégal ne peuvent justifier l’incapacité des alternatives au sein des oppositions locales ! Que le RDR ait fait quinze ou vingt ans avec Ouattara avant d’arriver au pouvoir, qu’il ait refusé un plan B, que le schéma du plan B soit en difficulté au Sénégal, ne saurait justifier des stratégies de court terme centrées sur des absences d’alternative et conduisant à des conflits plus durables, complexes et meurtriers que le désaccord actuel au Sénégal. »

C’est la suite. On attend tous. Un nouveau PM ? Un nouveau gouvernement ? Avec des cadres de quel parti ? Aminata Touré, Premier Ministre ? Mais avec quelle majorité ?

Je ne crois pas que le plan A, le plan A, le plan A jusqu’à Z soit mieux que les plans B et C. Ce qui est en cours au Sénégal ne saurait être une raison pour justifier le manque de leadership et de hauteur de certains leaders qui ramènent tout à leur propre figure et à leur ambition. C’est en cela que l’attitude de Sonko, que l’on veut accabler et pousser à se mordre le doigt, reste grande.

Faire le procès du plan B, justifier que tout ait tourné autour de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam pour faire perdre des points à leur parti et mettre en danger la Côte d’Ivoire, n’est-ce pas en réalité rendre hommage à Ousmane Sonko qui a pensé projet et non sa personne. Comment célébrer le refus du plan B et laisser penser qu’Ousmane Sonko devait opter pour l’option du boycott : « Pas de Sonko, pas d’élection ».

Quel est l’objectif ? Que Thiam ou Gbagbo gagne ? Que Sonko gagne et soit président ? Ou bien que Ouattara perde, que Macky Sall perde ?

Ousmane Sonko a mis en avant le projet, et non sa personne. Son drame, son seul tort est , selon moi, de n’avoir pas continué de mettre en avant le projet, et d’avoir cédé à la tentation d’être Premier Ministre sous l’autorité de son sous-chef devenu son chef. S’il avait évité cela, il serait plus grand ! Il n’avait rien à faire sous l’autorité de Bassirou Diomaye (sauf en qualité de citoyen) depuis deux ans. Il devait faire ce qu’il va faire maintenant : gérer le parti et rester cette sentinelle de l’extérieur. Quand on a été fort en tant qu’opposant, on doit avoir la capacité de penser que le pouvoir a des faiblesses et crée des fragilités. Le pouvoir, quand on y est, on risque de le perdre. On le perd. C’est une faiblesse. Opposant, on le reste, ou bien on arrive au pouvoir pour être en posture de le perdre.

Ce qui se passe au Sénégal n’est en aucune façon un éloge du refus du plan B, mais une opportunité de révéler les fragilités du pouvoir. Édouard Balladur avait fait cela à Jacques Chirac, et cela se fait ailleurs : briser et trahir la confiance pour être Vizir à la place du Vizir.

Plan B ou successeur (Angola, Niger, Mauritanie, et peut-être bientôt au Bénin et même après Ouattara), tout le monde sait que le pouvoir – que ce soit le fauteuil présidentiel ou le fauteuil de PM, se partage difficilement quand on n’a pas le secret du verrouillage de Vladimir Poutine. C’est en sachant cela que nous avions suggéré qu’Ousmane Sonko ne songe nullement à l’exercice ou à la cogestion du pouvoir, même si certains auraient pu dire qu’il laissait un cadeau empoisonné à Diomaye et qu’il devait le guider. Il n’avait pas besoin d’être Premier Ministre pour cela, sans avoir pu modifier la Constitution. Si le président n’avait pas été du Pastef, les choses auraient été plus faciles.

Pour rappel, tout en étant favorable à la politique de Macky Sall, je n’étais pas d’accord avec l’instrumentalisation de la question du viol dont Ousmane Sonko était alors accusé. J’ai plaidé à l’époque qu’il soit mis fin à la persécution judiciaire dont il était l’objet, tout en gardant mes réserves à son égard. Ayant anticipé la rupture, je salue que la collaboration ait pu durer deux ans quand et j’espère que la rupture est provisoire et non définitive : si le chef de l’État veut parler aux sénégalais de tous les bords , pourquoi refusera-t-il de parler à Ousmane Sonko , ou à défaut avec les leaders du principal parti d’opposition.