Un mystérieux temple romain bientôt classé au patrimoine de l’UNESCO ?

Avr 27, 2026 - 14:20
Un mystérieux temple romain bientôt classé au patrimoine de l’UNESCO ?

Lorsque le comité du patrimoine mondial de l'UNESCO se réunira en juillet 2026 pour examiner les candidatures potentielles, la Turquie est presque certaine d'obtenir une nouvelle inscription qui mettra en lumière un mystérieux culte guerrier antique, si secret que l'on pensait ses rites perdus à jamais. Si tout se passe comme prévu, le château et le mithraeum de Zerzevan deviendront le cinquième site classé au patrimoine de l'UNESCO dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate, suscitant ainsi l'intérêt pour cette région du sud-est, peu fréquentée par les touristes.

« Des fouilles récentes au château de Zerzevan ont mis au jour l'un des sanctuaires du culte de Mithra les mieux préservés et peut-être les plus anciens de l'Empire romain, ce qui a fait sensation tant au niveau national qu'international », explique Aytaç Coșkun, professeur d'archéologie à l'université Dicle et directeur des fouilles sur le site du château de Zerzevan. Le site figure sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2020.

« Bien que l'on sache que de nombreux temples du culte de Mithra ont existé à travers le monde, très peu ont survécu jusqu'à nos jours » indique Aytaç Coșkun. « Les cérémonies se déroulaient dans le plus grand des secrets et les informations relatives à ces croyances n'étaient transmises qu'à ceux qui partagaient cette foi. Les découvertes archéologiques revêtent donc une importance cruciale pour nous aider à comprendre cette secte mystérieuse ».

 

QU'ONT-ILS DÉCOUVERT ?

Depuis le début des fouilles en 2014, les archéologues ont mise au jour environ 24 hectares du château, dont une tour de guet de 18 mètres de haut et les vestiges des remparts imposants qui s'élevaient autrefois jusqu'à plus de 13,5 mètres. Alors que seule une partie du site situé au sommet de la colline a été explorée, les chercheurs ont mis au jour une église, des bâtiments administratifs, des pièces de stockage et des zones résidentielles. Parmi les découvertes annoncées cette année : un système de stockage et de transport de l'eau remarquablement sophistiqué, qu'Aytaç Coșkun qualifie de « merveille d'ingénierie », comprenant soixante-trois immenses citernes souterraines et des canaux acheminant l'eau au-delà des murs du château.

Mais c'est le temple du culte de Mithra, mis au jour en 2017, qui a intrigué le monde entier. Originaire d'Iran et dédiée à un ancien dieu du soleil indo-persan, cette religion militariste, réservée aux hommes, s'est répandue dans le monde romain entre le premier et le quatrième siècle de notre ère avant d'être interdite avec la diffusion du christianisme. Des représentations de taureaux gravées dans les murs, des crochets sacrificiels accrochés au plafond, et une cuvette et un bassin conçus pour recueillir du sang témoignent de la pratique courante des sacrifices d'animaux.

« L'intérêt des visiteurs pour le château et le mithraeum de Zerzevan s'est considérablement accru ces dernières années à mesure que les fouilles et les travaux de restauration se poursuivent » affirme Birol İnceciköz, directeur général du patrimoine culturel et des musées. « Si le château et le mithraeum de Zerzevan sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, le nombre de visiteurs de la région augmentera nettement ».

Compte tenu de cette prévision d'affluence croissante, le site fait actuellement l'objet de travaux d'amélioration, avec notamment l'ouverture d'un nouveau centre d'accueil prévue ce printemps.

 

DE NOUVELLES RAISONS DE VISITER LES SITES ANTIQUES 

Le site archéologique néolithique de Karahan Tepe sera bientôt beaucoup plus accessible aux visiteurs grâce à l'installation de passerelles surélevées, de chemins pavés et d'un toit de protection, dont l'achèvement est prévu pour la fin de l'année 2026. Et à Sayburç, un autre site en pleine expansion, les visiteurs pourront découvrir un nouveau musée qui exposera, entre autres, une statue humaine vieille de 12 000 ans mis au jour en septembre 2025 et dont les détails émerveillent les chercheurs.

Chaque saison, de nouvelles découvertes sont faites sur les vingt-cinq sites archéologiques recensés à ce jour au sein du réseau aujourd'hui connu comme Taş Tepeler (« collines de pierre »). Bon nombre des piliers, statues et outils les plus impressionnants sont conservés au musée archéologique de Şanlıurfa. Comment les peuples du Néolithique, équipés uniquement de petits outils taillés dans le silex et dans l'obsidienne, ont-ils pu sculpter et ériger ces statues et ces structures imposantes ? Et pourquoi et comment les utilisaient-ils ? 

Les réponses à ces questions bouleversent la conception qu'ont les scientifiques de nos origines car elles révèlent qu'il y a 12 000 ans, soit 7 000 ans avant Stonehenge et 9 000 ans avant les pyramides égyptiennes, les habitants de Taş Tepeler furent les premiers à fonder de grands villages, à cultiver la terre et à construire des lieux de culte. Puis, aussi mystérieusement qu'ils étaient arrivés, ils sont partis, enterrant leurs constructions sous d'épaisses couches de sable et de roche. 

 

QUE DÉCOUVRIR D'AUTRE ?

Il ne faut que peu d'imagination pour imaginer les marchands, les artisans et les clients négociant leurs achats dans les marchés aux murs calcaires de Mardin, où des savonniers, des orfèvres, des peintres et des tisserands seraient toujours assis derrière des tables couvertes de marchandises. Des demeures aux teintes dorées, des mosquées et des madrasahs du 12e siècle se trouvent le long des rues escarpées, tandis que l'héritage chrétien syriaque se perpétue au monastère de Deyrulzafaran, qui propose tous les jours des visites guidées. 

Présentée comme la ville natale d'Abraham, Şanlıurfa regorge de pèlerins et de familles visitant les grottes, les sanctuaires et les bassins remplis de carpes qui donnent à voir les étapes de sa légende. Niché au fond de la cour voûtée d'un caravansérail du 16e siècle, le café Gümrük Han sert du café menengiç, préparé selon la technique traditionnelle ottomane qui consiste à infuser cette spécialité de Şanlıurfa à base de pistaches moulues. 

Intégrée dans le réseau « Villes créatives » de l'UNESCO dans le domaine de la gastronomie pour ses kebabs fumés, ses délices à base de pistache et son baklava ultra-feuilleté, Gaziantep s'est encore davantage fait connaître pour le musée de la mosaïque de Zeugma, qui a enregistré en 2025 son plus grand nombre de visiteurs jamais atteint. Là-bas, des passerelles surélevées permettent aux visiteurs de surplomber une vaste étendue de sols carrelés de mosaïque datant du 2e siècle après J.-C., qui ont été sauvés de la montée des eaux pendant la construction du barrage de Birecik. Dans la vieille ville, les coups de marteaux résonnent à travers le labyrinthe du Coppersmith Bazaar, en activité depuis l'époque où les chameaux s'agenouillaient pour être chargés d'épices, d'objets en métal façonnés à la main et de chaussures en cuir colorées. 

Les remparts en basalte de Diyarbakır surplombent le Tigre, protégeant une ville fortifiée du 4e siècle classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Carrefour historique relié par des routes commerciales à l'Iran, à l'Anatolie, au Caucase et à la mer Noire, Diyarbakır incarne un mélange culturel palpable dans ses marchés animés et ses plats typiques tels que le meftune, un ragoût d'agneau, d'aubergines et de sumac aromatique au goût aigre-doux, mijoté dans un plat en terre cuite et servi avec un riz pilaf parsemé de raisins. 

Ce printemps marquera également le retour du Mesopotamia Express, un train de nuit qui parcourra les 1 050 kilomètres entre Ankara et Diyarbakır en vingt-quatre heures, avec des arrêts dans de nombreux sites historiques. 

Symbole d'un rapprochement entre la capitale urbaine et le sud-est moins développé du pays, le lancement du Mesopotamia Express laisse entrevoir quelque chose de bien plus profond : le retour des visiteurs dans ce berceau de la civilisation.