Allergies : la recherche ouvre la voie à de nouveaux traitements

Mai 25, 2026 - 14:50
Allergies : la recherche ouvre la voie à de nouveaux traitements

Chaque printemps, des millions de personnes allergiques retombent dans la même routine familière : vérifier les taux de pollen, se préparer à faire face à la congestion nasale et se procurer des médicaments qui promettent un soulagement passager.

Mais leurs options s'élargissent désormais : une nouvelle vague de recherches et de traitements « va plus loin qu'une approche unique », explique DeVon Preston, allergologue à la clinique de Cleveland. Les traitements ne se contentent donc plus de simplement traiter les symptômes mais ils visent à modifier la façon dont le corps réagit aux allergènes. 

« D'autres traitements prometteurs sont en cours de développement », ajoute Scott Sicherer, directeur du Jaffe Food Allergy Institute à l'Icahn School of Medicine at Mount Sinai. 

Il explique que, parmi ceux-ci, certains consistent en des patchs et des comprimés qui permettent d'exposer le système immunitaire aux allergènes de manière innovante et prometteuse, et d'autres sont conçus pour « apprendre au système immunitaire à ne pas attaquer certaines protéines alimentaires ».

Ces avancées, ainsi que d'autres évolutions dans la recherche et la prise en charge, pourraient transformer le traitement des allergies pour les générations actuelles et futures.  

 

DE LA GESTION DES SYMPTÔMES À LA RÉÉDUCATION DU SYSTÈME IMMUNITAIRE

Au fond, une réaction allergique est un cas d'erreur d'identification : le système immunitaire considère comme dangereux un élément habituellement considéré comme inoffensif, comme le pollen, les squames d'animaux ou une protéine alimentaire. Lorsque cela se produit, les allergènes provoquent une inflammation et des symptômes tels que des éternuements, des démangeaisons, une congestion ou un gonflement. 

Pour compliquer les choses, « de nombreux patients allergiques souffrent de plusieurs affections allergiques », explique Robert Wood, directeur du département d'allergie, d'immunologie et de rhumatologie pédiatriques au Johns Hopkins Children’s Center, notant un recoupement entre l'asthme, l'eczéma et les allergies alimentaires

Dans les cas d'allergies simples ou multiples, les traitements traditionnels sont généralement administrés après l'apparition des premiers symptômes. Les antihistaminiques bloquent la production de l'histamine, une substance chimique clé impliquée dans les réactions allergiques, tandis que les corticoïdes réduisent l'inflammation. Cependant, aucun des deux ne s'attaque au dysfonctionnement immunitaire sous-jacent. 

En revanche, DeVon Preston relève que « la modification du système immunitaire vise à rééduquer ou à désensibiliser le système immunitaire allergique afin qu'il tolère les allergènes ». Cela se fait généralement en exposant l'organisme à de très faibles doses d'un allergène, que l'on augmente progressivement, ce qui aide le système immunitaire à apprendre à y réagir plus calmement « et le modifie pour le rendre moins allergique », explique Dale Umetsu, allergologue et immunologue à UCSF Health.

Mais cette approche, connue sous le nom d'immunothérapie, n'est pas entièrement nouvelle étant donné que la désensibilisation par injections repose sur une variante depuis des décennies. Ce qui change aujourd'hui, c'est la manière dont l'immunothérapie est personnalisée et administrée. En effet, les nouvelles approches peuvent s'avérer plus pratiques (par exemple la prise de comprimés à domicile au lieu d'injections), plus sûres pour certains patients, d'une durée d'administration plus courtes et mieux adaptées aux caractéristiques biologiques de chaque individu. 

Plutôt que de remplacer les injections, ces innovations élargissent les options, en particulier pour les personnes qui ne tolèrent pas ou n'ont pas accès aux traitements traditionnels. 

 

DE NOUVELLES FAÇONS D'ADMINISTRER L'IMMUNOTHÉRAPIE

C'est dans le domaine des allergies alimentaires que l'on observe certains des changements les plus importants. Jusqu'à présent, le traitement consistait à éviter strictement les aliments concernés et à être préparé aux situations d'urgence. Les nouveaux traitements, quant à eux, visent plutôt à développer une tolérance. 

Par exemple, l'immunothérapie orale consiste à administrer « des doses très faibles de l'aliment concerné, puis de les augmenter progressivement » afin d'entraîner le système immunitaire à le tolérer.

D'autres approches sont également en cours de développement. « Les gouttes d'aliments à mettre sous la langue et l'utilisation de patchs contenant des protéines alimentaires » semblent particulièrement prometteuses, indique Matthew Rank, médecin au service d'allergologie, d'asthme et d'immunologie clinique à la Mayo Clinic en Arizona. 

Même l'immunothérapie traditionnelle évolue. De nouveaux comprimés, souvent administrés pour traiter l'allergie au pollen de graminées ou d'ambroisie, offrent une alternative plus pratique aux injections et peuvent être pris à domicile. 

Ces traitements, ainsi que d'autres, « fonctionnent de façon similaire aux injections traditionnelles en induisant une tolérance », explique Purvi Parikh, allergologue et immunologue à NYU Langone Health. 

Les docteurs adaptent également les traitements en fonction des caractéristiques biologiques de chaque patient. Dans le cas de l'asthme, par exemple, certains patients souffrent d'une inflammation de type 2, une réaction immunitaire produite par certaines cellules et molécules spécifiques présentes dans les voies respiratoires, tandis que d'autres patients n'en souffrent pas. Cette distinction a une incidence directe sur le choix du traitement le plus efficace. 

« La médecine personnalisée consiste désormais à optimiser les traitements en fonction du mode de vie, de l'environnement, des tests diagnostiques et des risques individuels », ajoute Dale Umetsu. Ces éléments sont importants car les niveaux de sensibilité peuvent varier considérablement. « Certains patients réagissent à des expositions minimes tandis que d'autres ont une tolérance plus importante », explique Scott Sicherer. 

Par ailleurs, les chercheurs explorent également des vaccins antiallergiques à ARN messager (ARNm), une approche qui pourrait un jour permettre de reprogrammer le système immunitaire afin qu'il tolère les allergènes avant même l'apparition des premiers symptômes. 

Toutefois, ces traitements sont toujours « expérimentaux et doivent encore faire leurs preuves en matière de sécurité et d'efficacité », avertit Dale Umetsu.

 

DES TRAITEMENTS PLUS PRÉCIS ET PLUS PERSONNALISÉS

Parmi les avancées qui font le plus parler d'elles, on trouve les anticorps modifiés, connus sous le nom de médicaments biologiques, qui ciblent des parties spécifiques du système immunitaire. Ces traitements sont généralement administrés par injection, en cabinet médical ou à domicile. 

Des recherches récentes, notamment un essai clinique réalisé en 2025, ont porté sur des anticorps modifiés tels que le stapokibart, qui bloquent les signaux immunitaires clés impliqués dans l'inflammation allergique. Ces signaux, appelés cytokines et interleukines, agissent comme des messagers qui déclenchent des réactions allergiques. En les bloquant, ils peuvent interrompre la réaction allergique à sa source.

Les résultats sont prometteurs car même pendant la saison pollinique, l'étude a révélé que 64 % des participants ont déclaré ne présenter que des symptômes légers, voire aucun symptôme. Une revue de 2026 souligne de la même manière la façon dont les médicaments biologiques transforment la prise en charge en ciblant précisément ce qui déclenche les réactions allergiques. 

Et bien que ces études, ainsi que d'autres, menées à un stade précoce, aient été de portée relativement limitée (certaines comptant moins de cent participants), des essais à portée plus large sont en cours. De nombreux experts voient ces résultats comme une preuve solide du concept plutôt que comme une limite en termes d'évolutivité. 

« Au cours de mes quarante ans d'exercice en tant qu'allergologue pédiatrique », indique Robert Wood, « très peu de choses ont changé jusqu'à ces dernières années où l'arrivée des médicaments biologiques a complètement changé notre approche pour de nombreux patients ».

Dale Umetsu ajoute qu'il est également important de noter que bien qu'ils aient principalement été étudiés et approuvés par la FDA (Food and Drug Administration, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) uniquement pour le traitement des allergies alimentaires, « des médicaments biologiques tels que l'omalizumab se sont aussi avérés efficaces pour le traitement des allergies respiratoires, comme celles causées par le pollen de graminées ou le pollen d'arbres ». D'autres pays les ont déjà approuvés pour de telles utilisations. 

Les médicaments biologiques et les injections présentent chacun des avantages différents. « Les injections d'immunothérapie ont toujours des effets plus durables et modifient plus la maladie que n'importe quel médicament biologique », explique Robert Wood. En revanche, elles nécessitent généralement un traitement plus long. 

Une autre différence réside dans le fait que « les injections d'immunothérapie permettent de développer une tolérance à un allergène, tandis que les médicaments biologiques bloquent des signaux immunitaires spécifiques plutôt que de réprimer l'ensemble du système » souligne Purvi Parikh.

Plutôt que de se faire concurrence, ces deux traitements pourraient être plus efficaces lorsqu'ils sont associés car, selon Matthew Rank, l'association des médicaments biologiques et de l'immunothérapie « améliore probablement leur sûreté et leur efficacité ».

 

IL N'Y A PAS UNE « SAISON DES ALLERGIES » UNIQUE 

Pour les personnes qui souffrent d'allergies, en particulier celles qui présentent des symptômes graves, bon nombre de ces avancées redéfinissent leurs attentes car l'objectif n'est plus seulement de survivre à la saison des allergies mais de changer la façon dont le corps y réagit et s'y prépare. 

Cela revêt une importance particulière car la « saison des allergies » n'est pas la même pour tout le monde.

Par exemple, Robert Wood indique que bien que de nombreuses personnes réagissent aux déclencheurs saisonniers, tels que le pollen d'arbres au printemps, de graminées en été ou d'ambroisie en automne, d'autres sont sensibles à des allergènes présents toute l'année, comme les acariens, les squames d'animaux ou la moisissure. Pour ces personnes, « la "saison des allergies" peut durer toute l'année » explique Purvi Parikh.

La géographie joue également un rôle. « Les allergies environnementales dépendent du moment de l'année et du lieu », explique Matthew Rank, ce qui explique pourquoi les médecins s'appuient de plus en plus sur les données relatives au pollen et les schémas de symptômes pour orienter davantage les prises en charge. 

Mais des défis subsistent car le coût et l'accessibilité des nouvelles options de traitement peuvent constituer des obstacles, et trouver le traitement adapté peut également prendre du temps. « Ce processus peut énormément varier selon le patient », affirme DeVon Preston. 

Malgré tout, les progrès s'accélèrent. « On observe une évolution importante vers des approches actives qui sont relativement prometteuses » indique Scott Sicherer. 

Et les enjeux sont majeurs. « Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte que les allergies peuvent mettre leur vie en danger », soulève Purvi Parikh, soulignant que les crises d'asthme liées aux allergies entraînent à elles seules des milliers de décès évitables chaque année. 

« Il s'agit donc d'une période très prometteuse pour le traitement des allergies », affirme-t-elle, car l'éventail des options thérapeutiques n'a jamais été aussi large et « nous pouvons adapter les traitements à chaque individu et améliorer considérablement leur qualité de vie, voire leur sauver la vie ».