Alliance des États du Sahel : trois ans après, le terrorisme persiste et la démocratie recule au Mali, au Burkina Faso et au Niger

Mar 2, 2026 - 09:50
Alliance des États du Sahel : trois ans après, le terrorisme persiste et la démocratie recule au Mali, au Burkina Faso et au Niger
États du Sahel (AES) - Ibrahim Traoré - Assimi Goïta et A. Tiani

Dans le bloc de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) , à côté de la souveraineté proclamée, l’on note que l’insécurité demeure au Sahel qui fait face aux réalités. En effet , trois ans après la naissance de l’Alliance des États du Sahel, le moment est venu de dépasser la rhétorique souverainiste pour affronter les faits. Créée en 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’AES promettait une réponse « endogène » et décisive au terrorisme, une nouvelle architecture sécuritaire et une rupture assumée avec la CEDEAO. Aujourd’hui, la question est de savoir ce qui a réellement changé pour les populations sahéliennes… Analyse d’Alafé Wakili.

Terrorisme au Sahel : une menace toujours active malgré l’AES

L’argument fondateur de l’AES était limpide : reprendre la main sécuritaire, avec une mutualisation des armées, un renforcement de la coopération en matière de renseignement, et une doctrine offensive assumée.

Trois ans après, les dynamiques régionales montrent que les groupes affiliés à l’État islamique au Sahel et au JNIM demeurent actifs, avec des attaques contre les civils, contre les forces de défense et les infrastructures, qui continuent de rythmer l’actualité sécuritaire. Les zones rurales, déjà fragilisées, restent les premières victimes de l’instabilité.

Lire aussi : Les Etats-Unis veulent reconquérir l’AES

Selon les données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), le Sahel central demeure l’un des épicentres mondiaux de la violence djihadiste. Le rapport 2024 du Global Terrorism Index classe encore plusieurs pays sahéliens parmi les plus affectés au monde.
La vérité est que la logique exclusivement militarisée n’a pas inversé la courbe structurelle de l’insécurité.

Développement économique au Sahel : la promesse suspendue

L’AES s’est également présentée comme un levier d’intégration économique et de renaissance souveraine. Les dirigeants ont parlé de passeports communs, ils ont parlé de l’autonomie stratégique, et nourri le désir de créer des mécanismes financiers indépendants.

Pourtant la réalité sécuritaire et socio-économique reste implacable, malgré budgets nationaux absorbés par l’effort sécuritaire. L’investissement privé demeure hésitant. Les infrastructures stratégiques sont exposées aux menaces. Les déplacements internes liés aux violences pèsent sur les services publics.

La Banque mondiale et la Banque africaine de développement rappellent régulièrement que sans sécurité stable et gouvernance prévisible, le développement durable ne peut s’enraciner. Le Sahel illustre cette équation.

AES et démocratie : la grande zone grise

Au-delà de la sécurité et de l’économie, les trois États membres de l’AES sont des transitions militaires, avec des calendriers électoraux qui restent prolongés ou incertains. Aucune stabilisation durable ne peut reposer indéfiniment sur des régimes d’exception.

Lire aussi : AES : le Prof. Bayala à la tête de la BCID, un tournant décisif amorcé

Les rapports de Freedom House et de Transparency International montrent une tendance à la contraction de l’espace civique et à la fragilisation des mécanismes de redevabilité dans plusieurs États du Sahel central.

La sécurité sans légitimité institutionnelle devient une équation fragile.

La rupture avec la CEDEAO a constitué un acte politique fort. Elle a répondu à un sentiment populaire d’ingérence et à des tensions diplomatiques croissantes.

L’isolement relatif comporte un coût stratégique. Le terrorisme sahélien est transnational. Les trafics sont transfrontaliers. Les flux économiques sont régionaux. Réduire les cadres de coopération élargis complique mécaniquement la gestion d’une menace qui ignore les frontières administratives.

L’annonce récente d’une force régionale de 2 000 hommes par le bloc ouest-africain souligne d’ailleurs que la question sécuritaire dépasse les seules frontières de l’AES.

Trois ans après : l’épreuve de crédibilité

L’AES incarne une revendication d’autonomie stratégique africaine et un rejet des tutelles perçues. Sur le plan symbolique, elle a redessiné les lignes diplomatiques en Afrique de l’Ouest. Cependant un projet géopolitique ne se juge pas à ses discours. Il se mesure à ses effets concrets : – Les populations sont-elles plus en sécurité ? – Les indicateurs de développement s’améliorent-ils ? – Les institutions gagnent-elles en légitimité et en transparence ?

À ce stade, les réponses demeurent négatives.

Le Sahel a besoin de résultats

L’Alliance des États du Sahel a ouvert un nouveau chapitre de l’histoire régionale. Trois ans après, elle affronte son test le plus décisif : transformer la souveraineté proclamée en sécurité effective, en croissance inclusive et en gouvernance crédible.

Lire aussi : Deux pays de l’AES produiront des maillots pour le Mondial 2026

Sans une stratégie intégrée combinant sécurité, développement territorial, réconciliation communautaire et calendrier politique clair, le risque est réel que l’AES devienne un symbole de rupture diplomatique sans produire la rupture structurelle attendue.

Le Sahel manque encore de résultats mesurables et indiscutables.

Wakili Alafé

L’article Alliance des États du Sahel : trois ans après, le terrorisme persiste et la démocratie recule au Mali, au Burkina Faso et au Niger est apparu en premier sur Afrique sur 7 | Média d’actualités Côte d’Ivoire, politique, économie.