Découverte d’une nouvelle espèce de poisson fantôme dans la Grande Barrière de Corail

Juin 2, 2026 - 07:20
Découverte d’une nouvelle espèce de poisson fantôme dans la Grande Barrière de Corail

Au cours du siècle précédent, les scientifiques ont découvert toutes sortes de créatures étranges et charismatiques dans la Grande Barrière de Corail. Ils ont ainsi identifié une crevette qui voit des couleurs que les humains ne peuvent qu’imaginer, et un poisson capable de changer de sexe comme bon lui semble. Mais ces derniers temps, une espèce leur donnait du fil à retordre : un poisson étrange et énigmatique ressemblant fortement à un personnage apprécié de Sesame Street.

Dans une étude parue en mai 2026 dans la revue Fish Biology, les chercheurs ont annoncé la découverte de Solenostomus snuffleupagus, une nouvelle espèce de poisson fantôme qui tient son nom de sa ressemblance avec le personnage de M. Snuffleupagus, un mammouth laineux, dans la série. En plus d’avoir un nom original, ce poisson est également intéressant pour plusieurs raisons.

 

UNE DÉCOUVERTE ÉPIQUE

David Harasti, océanographe au Port Stephens Fisheries Institute, en Australie, faisait de la plongée au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée il y a 20 ans lorsqu’il aperçut un poisson qui ne ressemblait en rien à ceux qu’il avait déjà vus. Son museau était aussi long que son corps, et il était recouvert de longs filaments brun-orange lui donnant l’aspect d’une touffe d’algues.

L’océanographe est remonté à la surface, mais le poisson occupait ses pensées. Quelques années plus tard, il confia à un collègue que si cet animal hirsute appartenait à une nouvelle espèce, il le baptiserait en hommage à M. Snuffleupagus.

Peu de temps après, David Harasti et ce collègue, l’ichtyologue Graham Short qui travaille pour l’Académie des sciences de Californie et l’Australian Museum, se sont mis en quête du poisson. L’océanographe s’est rendu en Papouasie-Nouvelle-Guinée à cinq reprises. Quant à l’ichtyologue, il a étudié une foule de spécimens de musée. Et en 2021, leurs efforts ont enfin payé.

Alertés par des plongeurs qui affirmaient avoir vu plusieurs poissons courtauds et hirsutes dans la Grande Barrière de Corail lors d’une sortie, les chercheurs se sont immédiatement rendus sur le récif et ont commencé à chercher les animaux. Ils n’ont rien trouvé lors de leur première plongée. Mais à la deuxième, une paire de poissons fantômes ont montré le bout de leur nez.

« On s’est tapé dans la main et on s’est pris dans les bras dans l’eau. Je criais de joie, j’étais si heureux », se souvient Graham Short. 

 

UNE CURIEUSE NOUVELLE ESPÈCE

Après avoir célébré leur découverte, les chercheurs ont prélevé les spécimens et les ont emportés au laboratoire pour pouvoir les étudier. L’analyse ADN a confirmé qu’ils appartenaient bien à une nouvelle espèce de la famille des poissons fantômes, lesquels ressemblent à des branches de coraux ou à des algues, et utilisent généralement leur minuscule bouche en forme de paille pour aspirer les petits crustacés. Bien qu’ils soient étroitement liés aux syngnathes et aux hippocampes, ils appartiennent à une lignée évolutive distincte.

Solenostomus snuffleupagus est unique chez les poissons fantômes. Mesurant seulement 4 à 5 centimètres, soit la longueur d’un tee de golf, il est deux fois plus petit que les autres espèces de cette famille. Il se nourrirait aussi d’autres poissons. Les chercheurs ont en effet découvert un petit poisson dans l’estomac d’un des Solenostomus snuffleupagus prélevés en réalisant un scanner de l'un des spécimens.

L’animal se distingue également par les filaments semblables à des cheveux qui recouvrent son corps. En effectuant une recherche sur la plateforme de sciences participatives iNaturalist, les scientifiques ont découvert que leur Snuffleupagus des mers avait été observé aux quatre coins du Pacifique sud au cours des dernières années, notamment aux Tonga, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Nouvelle-Calédonie. Et il existe dans une multitude de couleurs, allant du rouge et du violet vifs en passant par le terracotta et le marron.

« Il ressemble à une touffe d’algues qui flotte », raconte Graham Short, qui cherche toujours à décrire de nouvelles espèces. « Même ses mouvements ressemblent à ceux des algues dans l’eau. Il fait du surplace non loin d’elles ; si vous ne faites pas attention, vous passez à côté sans vous en rendre compte ».

Pour les deux chercheurs, la découverte du poisson Snuffleupagus est de bon augure pour l’avenir.

« C’est comme trouver Bigfoot, sauf qu’il est vraiment minuscule », confie Kory Evans, ichtyologue et maître de conférences à l’université Rice qui n’a pas pris part à l’étude. « Je ne serais pas étonné qu’il existe d’autres espèces de poissons fantômes non décrites ».