Crise Côte d’Ivoire-Burkina Faso : Ibrahim Traoré attend Ouattara de pied ferme

Avr 6, 2026 - 18:50
Crise Côte d’Ivoire-Burkina Faso : Ibrahim Traoré attend Ouattara de pied ferme
Côte d’Ivoire-Burkina Faso - Ibrahim Traoré attend Ouattara de pied ferme

Rien ne va plus dans la région ouest-africaine, notamment entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso puisqu’Ibrahim Traoré se dit prêt à en découdre avec Alassane Ouattara si celui-ci venait à mettre à exécution ses menaces. Le Président burkinabé a évoqué les positions inamicales de son homologue ivoirien comme éléments déclencheurs de la crise entre les deux pays. Il estime même qu’aucune désescalade n’est possible tant qu’Abidjan campe sur sa position actuelle.

Les dessous de la discorde entre Alassane Ouattara et IB

Qui l’eût cru ? C’est sous la gouvernance d’Alassane Ouattara, l’homme dont le père fut chef de village à Sindou, au Burkina Faso, que la relation Côte d’Ivoire-Burkina Faso est au plus mal. Longtemps taxé de burkinabé, l’actuel chef de l’État ivoirien, qui a déjà publiquement admis des responsabilités coutumières de son père à la tête d’une communauté de ce pays voisin auquel devrait logiquement être attaché, est accusé d’avoir mis le feu aux poudres.

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Dans une récente interview pour faire le bilan de l’an 1 de la révolution qu’il dirige, Itw publiée sur la page Facebook Officielle de la Présidence du Faso, le Président Ibrahim Traoré a abordé plusieurs sujets. Une des séquences qui ont le plus retenu l’attention est celle concernant la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara. Alors qu’il venait d’arriver au pouvoir par coup d’État contre le Président Paul-Henri Sandaogo Damiba, Ibrahim Traoré dit avoir cherché à entretenir de bons rapports avec ses voisins, mais que les autorités ivoiriennes auraient tout remis en cause brutalement.

Les sorties sans filtre d’Ibrahim Traoré contre Ouattara

« Sans aucune raison, la Côte d’Ivoire a retiré ses officiers des écoles militaires burkinabé », a fait savoir Ibrahim Traoré, qui, interloqué, n’a eu d’autres choix que de demander la réciprocité. « J’ai donc demandé à ce qu’on applique la réciprocité. Que tous nos enfants rentrent parce qu’on ne sait pas ce qu’ils ont derrière la tête et pourquoi ils font cela », dit-il avant d’affirmer « C’est le point de départ. »

Sur ce point, Afrique Sur 7 a cherché auprès de responsables politiques ivoiriens la justification de cet acte. Silence et boule de gomme. Des informations explicatives de cette décision n’ont donc pas circulé, y compris dans les cercles influents des dirigeants ivoiriens.

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Depuis, IB affirme avoir observé des comportements inamicaux de la part des dirigeants ivoiriens et béninois. Son propos est appuyé par la volonté, autrefois, du Président Alassane Ouattara d’envoyer un bataillon de soldats au Niger après le coup d’État d’Abdourahamane Tiani contre le régime du président Mohamed Bazoum, qu’il voulait rétablir dans ses fonctions.

Aussi bien le Burkina Faso que le Mali avaient opposé une fin de non-recevoir à cette ambition qui, pour Ibrahim Traoré et Assimi Goïta, serait considérée comme une déclaration de guerre contre les États de l’AES. Le Président Ouattara a fait une sortie à l’époque pour dire qu’il va « envoyer un bataillon » et qu’il a tout préparé, rappelle IB avant d’ajouter : “Nous attendons. Nous attendons son bataillon toujours. Le Président béninois (Patrice Talon, ndlr) a dit quil faut « la force », ils veulent faire la guerre ? Nous les attendons. Nous sommes prêts à faire la guerre aussi”.

Quelle est l’état de la relation entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ?

Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, en ce début avril 2026, sont assez mauvaises. Malgré les sorties fracassantes du Président Ibrahim Traoré, la Côte d’Ivoire reste silencieuse. Aucune autorité du pays ne fait de déclarations officielles sur les tensions. La tentative de désescalade enclenchée par les autorités ivoiriennes à l’approche des élections présidentielles ne s’est visiblement pas poursuivie au regard de la récente déclaration d’IB.

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Le président du Burkina Faso, président en exercice de l’AES, a même confié lors du bilan de l’an 1 de la révolution que l’AES est prête à faire la guerre aussi. Cette sortie dit tout de l’ampleur de la division au sein de l’Afrique de l’Ouest qui a désormais deux blocs opposés, obligés de cohabiter en toute intelligence.

Même si plusieurs pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) restent en dehors des tensions avec ceux de l’AES (Mali, le Niger et le Burkina Faso), la Côte d’Ivoire et le Bénin se retrouvent, eux, en position d’adversaires de leurs voisins.

Ce qui a décrédibilisé la Côte d’Ivoire vis-à-vis de l’AES

La position officiellement adoptée par le Président Alassane Ouattara peut sembler de raison. Les coups d’État au Mali, puis au Burkina Faso faisaient bien planer sur la région entière une instabilité devenant chronique du fait de la prise de pouvoir par la force. Sauf que le même Président Alassane Ouattara s’est lui aussi maintenu au pouvoir en Côte d’Ivoire par la force, légitimée par un changement de constitution et une interprétation personnelle des dispositions sur la limite des mandats.

Alors que ses partisans et lui avaient affirmé la main sur le cœur que l’esprit de la constitution ivoirienne d’avant 2016, qui n’autorisait qu’un seul renouvellement de mandat du chef de l’État, serait respecté, c’est l’inverse qui a été fait, ce qui a porté un gros coup à la parole diplomatique de la Côte d’Ivoire. Dès lors, s’ériger en donneur de leçons face aux militaires putschistes ne pouvait que mal passer.

Le Premier malien depuis le 21 août 2022, le Colonel Abdoulaye Maïga, lors de la 77e session des Assemblées Générale de l’ONU, avait justement chargé le Président Ouattara suite à ses propos alors qu’il venait de faire un troisième mandat décrié – archives un.int.

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Les déclarations anti-passage en force du Président ivoirien y sont pour beaucoup dans cette affaire. Sauf que depuis, Le Président Alassane Ouattara ne s’autorise plus à évoquer publiquement ces dossiers, ce qui aurait dû faire baisser les tensions. A en croire le discours d’Ibrahim Traoré, la situation ne s’est pas arrangée. La confiance est bien rompue et Abidjan et l’AES se regardent en chien de faïence. Si cette tension ne retombe pas, elle ne pourra que déboucher sur une guerre.

À propos de la guerre, on sait quand elle commence, jamais la date de la fin. Les États-Unis sont d’ailleurs en train d’expérimenter cette réalité en Iran. Idem pour la Russie en Ukraine.

Des pays pauvres, qui devraient se préoccuper de prendre soin de leurs populations, s’amusent à faire enfler une bulle qui, si on y prend garde, finira par exploser au grand détriment des peuples déjà livrés à eux.

Ce que pourrait être la guerre entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso

Une guerre entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso serait immédiatement une guerre Côte d’Ivoire – AES (Burkina, Mali et Niger). Les dirigeants de ces pays le disent et le répètent à qui veut l’entendre qu’une attaque contre un des leurs se transformera en bagarre généralisée.

Dans la perspective d’une guerre entre voisins, Abidjan peut compter sur son partenariat historique avec la France et, récemment, les États-Unis, pour défendre ses frontières. L’AES, liée à la Russie, défendrait elle aussi son espace avec l’aide de celle-ci. Ce serait donc une guerre dans laquelle des puissances militaires étrangères viendraient se mesurer en Afrique de l’Ouest. Comme toutes guerres, les maigres infrastructures de ces pays seraient détruites et la misère des populations serait augmentée.

Aussi bien Abidjan que Ouaga, et plus généralement les pays de l’AES et leurs voisins, ne devraient-ils pas se retrouver autour d’une table pour mettre à plat ce qui les oppose pour ramener la paix ? Il faut noter qu’au plus fort de la crise de la CEDEAO, à l’avènement des coups d’État au Mali et au Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, en dépit des sanctions contre ces pays, continuait de laisser passer les marchandises transitant par ses ports. Cela laissait penser que les positions d’Abidjan n’étaient que des déclarations de principes qui n’auraient donc pas dû crisper autant la situation dans la région.

L’arbre à palabres, s’il existe encore, devrait recevoir ces fils d’Afrique pour éviter l’entraînement des peuples dans des aventures incertaines.