HEC Paris : l’Afrique devient un pilier stratégique de son développement
L’Afrique, longtemps pensée comme un terrain d’expérimentation, est pour HEC Paris un levier structurant de son développement. L’école de commerce la plus prestigieuse d’Europe compte renforcer la formation des talents du continent, mais aussi accompagner des entrepreneurs et dirigeants dans leur processus de montée en compétence. Cette stratégie fait prendre de l’ampleur à un phénomène : le retour aux sources de profils issus de la diaspora.
HEC Paris change d’échelle sur le continent africain
Par cette approche, HEC Paris change d’échelle en Afrique. Lors d’une conférence de presse organisée le 2 avril, l’école a défendu une vision ambitieuse en ce qui concerne sa présence sur le continent. L’approche ne se base plus sur l’ouverture de quelques programmes ou d’identifier des profils prometteurs, mais bien de bâtir un ensemble cohérent, articulé autour de trois axes : la formation des étudiants, l’appui à l’entrepreneuriat et l’accompagnement des cadres dirigeants. Ce virage est clairement assumé par l’institution qui ne veut pas faire de l’Afrique un simple dossier périphérique, mais un ressort de croissance et d’influence.
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Cette stratégie repose fortement sur une logique de repérage et d’accompagnement des talents liés au continent africain. Avec PACT Afrique, lancé il y a maintenant cinq années, HEC cherche à élargir l’accès de son campus à des profils africains en provenance de plusieurs pays. Le programme, passé par la Côte d’Ivoire avant d’être développé au Cameroun, au Gabon, au Sénégal et ensuite au Bénin, repose sur un mentorat de plusieurs mois, une préparation linguistique et un accompagnement vers les concours. Ces 5 dernières années, 2 800 candidatures ont été enregistrées et près de 580 personnes ont été accompagnées. L’objectif affiché par la direction de l’institution est plus offensif. Ils veulent faire entrer à terme 50 étudiants africains par an à HEC.
Avec Challenge+, HEC veut transformer l’essai entrepreneurial
L’école ne base pas l’intégralité de sa stratégie sur les seuls parcours académiques. Elle veut aussi et avant tout adapter son ancrage africain en moteur entrepreneurial. C’est tout le sens du programme Challenge+, décliné à Abidjan puis à Dakar. En cinq ans, 140 entrepreneurs, représentant 113 entreprises, ont été accompagnés. Ce qu’il a de plus extraordinaire, c’est le taux de féminisation qui atteint 46 %, 93 % des structures encore actives trois ans après leur passage. 340 emplois ont été créés et 5 millions d’euros ont été levés. But suprême, HEC cherche à reproduire sur le continent une partie de la mécanique qui a fait sa force à Station F, où elle se présente comme le plus grand incubateur présent sur le site.
Le retour de la diaspora devient un axe central
À travers les témoignages d’étudiants, de fondatrices et de dirigeantes, une même dynamique se met en place : celle d’un retour vers l’Afrique. HEC explique observer une montée en puissance des trajectoires de rapatriation, notamment parmi les membres de la diaspora. L’école évoque même une “re-continentalisation” des parcours. Autrement dit, les formations ne servent plus seulement à intégrer durablement les élites africaines en Europe, mais de plus en plus à préparer leur réinstallation sur le continent, que ce soit pour créer une entreprise, investir, enseigner ou prendre des responsabilités dans de grands groupes.
Une stratégie qui relie étudiants, entrepreneurs et dirigeants
Cette évolution donne un autre sens à la stratégie africaine d’HEC. L’enjeu n’est pas uniquement de faire émerger de belles réussites individuelles, mais de structurer un écosystème complet. L’école revendique 136 nationalités sur son campus et indique que les Africains représentent désormais entre 15 % et 20 % de ses effectifs internationaux dans les programmes diplômants. En parallèle, ses formations pour cadres, comme GEMM, Lead Campus ou les modules courts destinés à des dirigeants de groupes et d’institutions, renforcent sa présence au sommet des organisations. Le pari est clair : créer une continuité entre les étudiants, les entrepreneurs, les managers et les alumni pour bâtir une influence durable.
HEC veut faire de l’Afrique un espace d’influence durable
Au fond, HEC cherche moins à exporter un modèle français qu’à installer une plateforme de circulation entre plusieurs espaces. C’est ce qui ressort des profils mis en avant : étudiants voulant revenir servir leur pays, entrepreneures qui réorientent leur carrière vers Dakar ou Abidjan, cadres de grands groupes panafricains en quête d’une lecture plus fine des réalités du continent. Ce positionnement permet à l’école de répondre à une critique récurrente faite aux grandes institutions internationales, celle de la fuite des cerveaux. HEC affirme au contraire vouloir encourager une circularité des parcours, où la compétence acquise à Paris peut ensuite être réinjectée dans les économies africaines.
Dans cette logique, l’objectif d’“une licorne africaine” soutenue par son écosystème n’a rien d’anodin. Il sert de vitrine, mais aussi de symbole. HEC veut montrer qu’elle peut faire émerger non seulement des diplômés brillants, mais aussi des entreprises solides, des emplois durables et des trajectoires de leadership connectées au continent. L’Afrique n’apparaît donc plus comme un prolongement international parmi d’autres. Elle devient un espace central dans le récit stratégique que l’école construit pour les prochaines années.