La leçon de stratégie du Bénin à la Côte d’Ivoire – Opinion
Le Bénin, engagé dans un processus actif de développement, ne fait l’impasse sur aucune opportunité, y compris lorsque s’entrechoquent les approches politiques et idéologiques. Le nouveau président, Romuald Wadagni, fraîchement entré en fonction, en fait la démonstration en se rendant dans les pays de l’AES, jusque-là à couteaux tirés avec la Côte d’Ivoire et son pays le Bénin.
Ce que gagne Porto-Novo dans cette politique de rapprochement.
La relation entre la CEDEAO et l’AES n’est pas au beau fixe. Elle est à l’image du divorce qui a poussé les trois pays de l’Alliance des États du Sahel à quitter l’ancienne communauté. La principale raison de cette sortie tient à ce qu’à l’avènement des régimes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la CEDEAO, menée par le président Alassane Ouattara, avait opté pour une réinstallation par la force des anciens gouvernants.
Le problème : une telle décision n’a jamais relevé des prérogatives de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Malgré la dénonciation de cette décision par les trois pays dirigés par des militaires, effectivement auteurs de coups d’État, l’institution régionale campait sur sa position en multipliant les injonctions. C’est cette attitude, portée par le président Alassane Ouattara – qui dans le même temps était plus doux avec le putschiste guinéen Mamadi Doumbouya – et soutenue par son homologue béninois d’alors, Patrice Talon, qui a précipité la sortie de ces pays de la CEDEAO.
Lire aussi : Burkina Faso, Niger : ce qu’il faut retenir de la visite de Romuald Wadagni
Plusieurs membres de l’organisation sont, en dehors des positions de principe, volontairement restés inactifs dans la mise sous pression de l’AES.
Le Bénin, lui, s’est ensuite brouillé avec le Niger, au point que les frontières ont été mutuellement fermées. Alors que l’AES est le principal client des ports d’Abidjan et du Bénin, ces tensions, de plus en plus vives, ont fini par toucher aux relations d’affaires entre les différents pays.
Le Bénin conscient de l’impossible développement sans la paix et la quiétude
Ministre d’État de Patrice Talon, Romuald Wadagni aurait pu être tenu pour comptable des décisions de son ancien patron. Il n’en est rien. À peine élu, il a effectué son premier déplacement officiel en Côte d’Ivoire pour rencontrer le président Alassane Ouattara, sans doute aussi pour l’informer de son intention de normaliser les relations entre le Bénin et l’AES.
Juste après cette visite à Abidjan, Wadagni s’est effectivement rendu dans l’AES, au Burkina Faso et au Niger. Il a obtenu de ses homologues la réouverture des frontières terrestres prévue dans une quinzaine de jours.
Lire aussi : Bénin : Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani attendus à Cotonou
Cette normalisation replace son pays dans une position stratégique : son port pourra retrouver ses clients burkinabè et nigériens. Le second gain est plus qu’économique, il est sécuritaire. Alors que la situation pouvait nourrir une instabilité au Bénin, ce rapprochement, qui, selon nos sources, sera aussi militaire, devrait aider à pacifier les régions frontalières où se cachent certains groupes terroristes.
L’apaisement des relations entre le Bénin et l’AES, au-delà du volet économique, contribuera à améliorer la situation politique et sécuritaire. Pour un pays qui veut accélérer son industrialisation comme le Bénin, déjà leader dans le textile, ces différents dossiers ne pouvaient rester longtemps en suspens.