Démocratie en Afrique : Ibrahim Traoré a raison ? Mais et Chirac et Sarkozy ?

Avr 4, 2026 - 08:40
Démocratie en Afrique : Ibrahim Traoré a raison ? Mais et Chirac et Sarkozy ?
Alafé Wakili et Ibrahim Traoré

Ils voulaient en finir avec la Françafrique. Ne sont-ils pas finalement en train de penser comme elle, en croyant s’opposer à elle ? En tout cas, le chef de la junte burkinabè enterre en direct et en mondovision la démocratie, avec la caution et la bénédiction de souverainistes africains qui réclament pourtant ailleurs la démocratie : en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Cameroun, en Europe et partout…Paradoxe !

La démocratie est inconnue en Afrique

Le jeudi 2 avril 2026, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, a dit : « La démocratie n’est pas pour nous. » Trois ans après avoir juré de rendre le pouvoir aux civils, la junte burkinabè dissout les partis, interdit les élections et prolonge son mandat. De présumés souverainistes africains exaltent et exultent. Problème : Chirac et Sarkozy ne disaient-ils pas la même chose ?

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Et à l’époque, cela n’était-il pas perçu comme du racisme ? Aujourd’hui, un chef d’État africain peut dire que l’Afrique a d’autres priorités que la démocratie avec la liberté de choix par les populations, la vie politique libre compétitive et plurielle, le contrôle de l’action publique , une justice libre et indépendante, une presse libre et au besoin des élections. Non, tout ça c’est du luxe pour les Burkinabè, les Africains et les Noirs peut-être ! Ainsi le Sénégal , le Ghana et d’autres pays qui s’essaient à la démocratie, qui réussissent tant bien que mal, perdent leur temps.

Remember Chirac et Sarkozy

Jacques Chirac estimait que les Africains n’étaient pas mûrs pour le multipartisme.Nicolas Sarkozy, à Dakar en 2007, affirmait que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Ces propos avaient alors soulevé une vague d’hostilité et valu à la France une accusation de « légitimation intellectuelle du racisme » à l’ONU.

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Le drame, pour les souverainistes qui exaltent aujourd’hui les putschs, est que Traoré conduit à dire ceci : si la démocratie n’est effectivement « pas pour nous », alors Chirac et Sarkozy n’avaient pas tort. Ils n’avaient simplement pas le « droit » de le dire parce qu’ils incarnaient l’ancien colonisateur, parce qu’ils ne sont pas africains.

Wakili Alafé