À Cannes, Steven Nbienou Kouadjo, Adama Paris, Coumba Gawlo, Habyba Thiero défendent une Afrique qui investit dans ses industries culturelles
De l’afrobeat aux séries, en passant par la mode et les contenus numériques, les créateurs africains imposent progressivement leur empreinte sur les industries culturelles mondiales. Mais derrière cette montée en puissance une interrogation demeure, qui captera réellement la valeur économique produite par cette créativité ? C’est l’un des enjeux majeurs soulevés lors d’AfroCannes 2026, où des acteurs des industries culturelles et créatives ont plaidé pour une reconnaissance des industries culturelles et créatives comme l’un des prochains moteurs de croissance du continent. Selon eux, le véritable défi n’est plus celui du talent, déjà reconnu, mais celui de sa transformation en une industrie structurée et capable de générer durablement des emplois.
À Cannes, les projecteurs éclairent les films, les célébrités et les avant-premières. Pourtant, derrière le prestige du plus grand rendez-vous mondial du cinéma se joue une autre bataille, moins visible mais tout aussi déterminante, celle de l’investissement dans les industries culturelles et créatives, et c’est précisément sur ce terrain que Steven Nbienou Kouadjo a choisi de s’engager.
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Entrepreneur, investisseur et philanthrope camerounais, fondateur de NBIKO Group, de NBIKO TV et président de la Fondation SNK, Steven Nbienou Kouadjo incarne une nouvelle génération de dirigeants africains convaincus que les industries culturelles et créatives (ICC) constituent l’un des grands moteurs de croissance du continent au XXIe siècle.
Ingénieur de formation, diplômé en robotique et automatisation, il a construit son parcours entre l’innovation technologique, l’entrepreneuriat et l’investissement avant de faire des industries créatives l’un de ses axes d’engagement majeurs.
Sa présence à Cannes mais surtout à l’AfroCannes 2026 et à s’inscrivait ainsi dans une démarche plus large, celle de défendre une vision où la culture en Afrique n’est plus considérée comme un simple instrument de rayonnement, mais comme un véritable secteur économique capable de générer de la richesse et de l’emploi sur le continent.
AfroCannes, un carrefour pour les créateurs africains
Fondé par Prudence Kolong, AfroCannes est devenu en quelques années l’un des principaux espaces de rencontre dédiés aux créateurs, producteurs, investisseurs et décideurs afro-descendants présents au Festival de Cannes. L’événement est né de l’ambition d’offrir aux talents africains et issus des diasporas une plateforme internationale de visibilité et de connexion avec les principaux acteurs de l’industrie mondiale du cinéma et des médias. Cette année, NBIKO Group figurait parmi les sponsors majeurs de l’événement, soulignant l’engagement portée par Steven Nbienou Kouadjo dans ce secteur.
La culture comme secteur économique porteur pour l’Afrique

Pendant longtemps, les industries culturelles africaines ont été abordées principalement sous l’angle artistique ou identitaire. Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Selon l’UNESCO, l’économie créative représente aujourd’hui près de 3 % du PIB mondial et plus de 6 % de l’emploi mondial.
Loin d’être un secteur marginal, elle constitue déjà l’un des moteurs les plus dynamiques de l’économie contemporaine. Dans le même temps,les dernières données de la CNUCED illustrent l’ampleur du phénomène. En 2022, les exportations mondiales de services créatifs ont atteint 1 400 milliards de dollars, en hausse de 29 % depuis 2017.
Ce qui représente désormais près d’un cinquième des exportations mondiales de services, témoignant du poids croissant des industries fondées sur la création, les contenus, l’innovation et la propriété intellectuelle dans l’économie mondiale. Pour Steven Nbienou Kouadjo “ces données doivent interpeller les décideurs africains car si l’Afrique influence déjà la culture mondiale à travers Nollywood, afrobeats, l’amapiano, la mode ou encore le design, elle ne capte encore qu’une fraction de la valeur économique produite par cette influence”.
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C’est autour de cette réflexion qu’à la cérémonie de clôture de l’AfroCannes qui a eu lieu à la Villa Des Ministres, face à un public composé de producteurs, de réalisateurs, d’entrepreneurs, d’investisseurs et d’acteurs de l’industrie culturelle internationale, il a rappelé que le principal défi des industries culturelles africaines n’était plus celui du talent mais celui de l’écosystème. Selon lui, trois priorités doivent désormais guider les stratégies de développement du secteur, la formation, la structuration et le financement.
La formation, parce que les industries créatives de demain nécessitent des compétences de plus en plus spécialisées dans les domaines de la production audiovisuelle, des technologies numériques, de la gestion des droits, de la distribution ou encore de l’intelligence artificielle.

La structuration, parce qu’un créateur isolé ne devient pas automatiquement une entreprise capable de conquérir des marchés internationaux. Le développement des ICC passe par la création de studios, de labels, d’agences, de plateformes, de réseaux de distribution et d’écosystèmes capables d’accompagner la croissance des projets créatifs.
Le financement enfin, qui demeure aujourd’hui l’un des principaux freins à l’essor du secteur sur le continent. Selon une étude réalisée par Proparco, près de 70 % des entrepreneurs créatifs africains continuent de s’autofinancer faute d’accès à des solutions de financement adaptées à leurs activités. Une situation qui limite considérablement leur capacité à investir, à recruter et à se développer à grande échelle.
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Pour de nombreux acteurs des ICC présents à la soirée de clôture de l’AfroCannes, les ICC ne doivent plus être financées avec les mêmes outils que les secteurs traditionnels, l’entrepreneur plaide pour l’émergence d’outils d’investissement mieux adaptés aux réalités de l’économie créative africaine. Une conviction qui explique son engagement croissant en faveur de la structuration des écosystèmes créatifs du continent.