Des guépards momifiés ont été découverts en Arabie saoudite

Jan 20, 2026 - 08:30
Des guépards momifiés ont été découverts en Arabie saoudite

C’était en 2022. Des chercheurs du National Center for Wildlife de l’Arabie saoudite avaient alors entrepris d’explorer un vaste réseau de grottes à la recherche de chauves-souris, d’insectes et d’autres bestioles. Et c’est là, dans certaines des grottes les plus reculées et presque inatteignables (pour accéder à l’une d’elles, il fallait descendre dans une doline de 15 mètres), qu’ils ont découvert quelque chose de stupéfiant : sept guépards momifiés, dont les crocs dépassaient de leurs babines parcheminées.

Carlos Duarte, écologue à l’université des sciences et des technologies du roi Abdallah, en Arabie saoudite, raconte que cette découverte « était une surprise ». « Dans un premier temps, nous n’avons pas compris pourquoi il y avait des guépards là-bas. Il n’a jamais été documenté qu’ils vivaient dans des grottes ».

Le climat sec qui règne dans la grotte a permis la préservation parfaite des guépards, pendant 130 ans pour certains et près de 2 000 ans pour d’autres. C’était la première fois que des scientifiques découvraient de grands félins naturellement momifiés dans la péninsule arabe. En plus des spécimens momifiés, les chercheurs ont également mis au jour les squelettes de plus de 50 guépards, dont certains auraient plus de 4 000 ans.

« De nombreuses générations de guépards ont vécu dans ces grottes », observe Carlos Duarte, qui n’était pas présent lors de la découverte. Il a cependant travaillé avec les chercheurs pour extraire et analyser l’ensemble d’un génome issu de tissus prélevés sur un guépard momifié.

L’analyse génétique qui en résulte, parue le 15 janvier 2026 dans la revue Communications Earth & Environment, a conclu que ces individus sont étroitement liés aux guépards d’Afrique et d’Asie, deux sous-espèces qui existent encore aujourd’hui. Les guépards ont localement disparu dans la péninsule arabe dans les années 1970. Selon l’écologue, cette découverte pourrait donc contribuer aux efforts de conservation visant à réintroduire ces grands félins à l’état sauvage en Arabie saoudite.

« C’est un travail vraiment passionnant », confie Molly Cassat-Johnstone, doctorante au laboratoire paléogénomique de l’université de Californie, à Santa Cruz, qui a étudié les guépards à l'époque préhistorique et l’ADN ancien, mais n’a pas pris part à l’étude. « La découverte de ces guépards momifiés et la génération de données paléogénomiques à partir de ces spécimens contribuent grandement à notre compréhension d’une sous-espèce en danger critique d’extinction », ajoute-t-elle.

 

UN EFFONDREMENT DES POPULATIONS

Les guépards étaient autrefois des icônes de la péninsule arabe. Ils étaient offerts aux rois et aux dignitaires et dressés pour chasser aux côtés des humains, à l’instar des faucons aujourd’hui. Mais les humains ont fini par s’en prendre à leurs amis félins et ont commencé à les chasser pour le plaisir. Ceci, conjugué à la raréfaction de leurs proies, a résulté en l’effondrement des populations dans la péninsule arabe. Un phénomène qui touche toute l’aire de répartition de l’espèce. Autrefois présents de l’Afrique à l’Inde, les guépards n’occupent désormais plus que 9 % de leur aire historique et il ne reste plus que 7 000 individus à l’état sauvage.

Mais avant cette extinction locale, ces grands félins ont trouvé refuge dans les grottes ombragées et relativement fraîches de la péninsule arabe pour échapper à la chaleur du désert, explique Carlos Duarte. Dans celles-ci, les chercheurs ont également trouvé des excréments de guépards et les os croqués de leurs proies. « Il ne faisait aucun doute que les guépards de la péninsule arabe utilisaient ces grottes comme des habitats et des tanières », précise l’écologue.

Les lieux frais et sombres, où règnent des conditions stables, se prêtent également parfaitement à la conservation de l’ADN. Carlos Duarte et son équipe ont ainsi constaté que les génomes prélevés sur les grands félins momifiés montraient des similarités génétiques remarquables avec les guépards asiatiques et d’Afrique du Nord, deux des cinq sous-espèces de guépard décrites.

« Plus nous en apprenons sur l’histoire écologique et évolutive des guépards de la région, plus nous serons à même de prendre des décisions éclairées en matière de conservation », explique Molly Cassatt-Johnstone. « Et les données paléogénomiques comme celles-ci sont précieuses pour combler les lacunes ».

 

LES PLANS DE CONSERVATION, UNE NÉCESSITÉ

Les scientifiques ont longtemps pensé que les guépards asiatiques étaient la seule sous-espèce présente en Arabie saoudite. Selon certaines estimations, il resterait moins de 30 individus appartenant à cette sous-espèce qui rôdait autrefois dans les dunes et les prairies du pays à l’état sauvage aujourd’hui. Le nombre de guépards asiatiques, qui vivent tous en Iran, est si faible qu’il est inenvisageable d’utiliser cette population pour rétablir celle en Arabie saoudite.

Bien que classés en danger critique, les guépards d’Afrique du Nord sont environ au nombre de 400 et certains sont élevés en captivité. Selon Carlos Duarte et ses collègues, cette population pourrait et devrait être utilisée pour relâcher à l’état sauvage des guépards en Arabie saoudite, au vu de leur disponibilité et de leurs similarités génétiques avec les guépards qui peuplaient autrefois le pays.

D’après Carlos Duarte, l’Arabie saoudite a déjà pris des mesures pour réintroduire des guépards dans la région, notamment en élevant des proies potentielles, comme l’oryx et d’autres espèces d’antilopes, et en créant des zones de conservation.

« La région présente un important potentiel pour le retour du guépard », confie Laurie Marker, directrice générale du Cheetah Conservation Fund (Fonds de conservation pour le guépard). « Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Le gouvernement devra s’investir sur le long terme et avoir les moyens financiers nécessaires ».

Contrairement aux léopards, dont les sous-espèces se sont adaptées à la vie dans les forêts montagneuses couvertes de neige et dans la savane, les cinq sous-espèces de guépard sont de manière générale adaptées à la vie dans des milieux ouverts et secs, comme les prairies. Il reste donc encore à voir s’ils pourront se plaire dans les déserts de l’Arabie saoudite. Si tel est le cas, les grottes fraîches où leurs ancêtres avaient trouvé refuge il y a des milliers d’années pourraient à nouveau offrir aux grands félins un répit de la chaleur et contribuer à préserver leur héritage.